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Full text of "Précis du communisme suivi de Le marxisme est-il périmé ?"

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CLASSIQUES FRANÇAIS DU SOCIALISME 

Charles RÀPPOPORT 

PRÉCIS DU 
COMMUNISME 


suivi de 


V v '.\v 


LE MARXISME EST-IL PÉRIMÉ? 


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Nouvelle édilion revue et corrigée 


ÿ 




BUREAU D'EDITIONS, PARIS 








COLLECTION : 

Classiques français du socialisme 

La collection des Classiques français du socialisme 
englobera une série de petites brochures de Guesde, 
Lafargue, Jaurès, Vaillant, etc., dont la plupart, épuisées 
depuis de longues années, sont inaccessibles au grand 
public. 

De brefs commentaires historiques, des index des 
noms cités, etc., en faciliteront la lecture. 

L’édition de ces écrits, dont certains datent d’un demi- 
siècle, prouvera la vitalité puissante de la pensée socia¬ 
liste et facilitera le rapprochement fraternel des travail¬ 
leurs socialistes et communistes qui, rassemblés dans 
l’action commune, trouva ont dans ces vieux textes, 
combien encore actuels et vivants, la flamme qui les sou¬ 
tiendra dans le bon combat pour la victoire finale du 
socialisme. 

Déjà parus : 

Paul Lafargue : le Droit à la paresse, Réfuta¬ 
tion du Droit au travail de 1848.. 1 » 

Charles Rappoport : Précis du communisme, 

suivi de : Le marxisme est-il périmé? . 1 » 

A paraître : 

Jules Guesde : Collectivisme et révolution. 

Le Collectivisme. 

Jean Jaurès : Les guerres coloniales. 

Contre la guerre. 

Paul Lafargue : La religion du Capital. 

La charité chrétienne. 

Edouard Vaillant : Le chômage. 

Jean Jaurès et Jules Guesde : Deux méthodes. 

Jean Jaurès et Paul Lafargue: Idéalisme et maté¬ 
rialisme. 













» 


PREFACE A LA QUATRIEME EDITION 

Le Précis, traduit en une dizaine de langues et ré¬ 
pandu en France à plusieurs centaines de mille d’exem¬ 
plaires, a montré son utilité comme brochure de propa¬ 
gande populaire. Un exposé du communisme concentré 
dans une trentaine de pages ne saurait prétendre ni à 
être complet, ni à satisfaire à toutes les exigences des 
lecteurs. Des lacunes et des imperfections sont inévita¬ 
bles. Dans cette nouvelle édition, j’ai tenu compte de 
quelques justes critiques des camarades. J’en sollicite 
d'autres. 

Le Précis ne s’occupe que des principes généraux du 
communisme. Mais le communisme est un mouvement 
vivant, et les aspects de son actio?i se renouvellent sans 
cesse. 

Pour que le Précis soit à jour, j’aurais dû le com¬ 
pléter par trois nouveaux chapitres : 

1. Le communisme et le fascisme; 

2. Les résultats de Védification socialiste en U.R.S.S.; 

3. Le communisme et la prochaine guerre mondiale. 

Je ne pouvais pas le faire sans bouleverser toute 

l’économie de ce petit guide à travers le communisme , 
dont nos militants ont pu et su tirer un certain avantage 
pour la propagande dans les milieux les plus divers. 

Je me borne à résumer ici quelques conclusions con¬ 
cernant les trois problèmes précités : 1. le fascisme, 2. 
l’expérience soviétique, 3. la guerre. 

Le fascisme se répand dans le monde capitaliste 
comme une véritable peste noire. Il tient dans ses griffes 












4 


la pauvre Italie, la malheureuse Espagne, les Balkans, 
la Hongrie. Il a plus ou moins conquis la Lithuanie et 
la Pologne. Les conservateurs anglais le cajolent. Les 
réactionnaires français en révent, les nationalistes al¬ 
lemands le revendiquent. D’où vient la force du fas¬ 
cisme ? De ceci : Le capitalisme aux abois jette loin 
de lui son masque démocratique, et se défend par 
tous les moyens en allant jusqu à Villégalité. Le capita¬ 
lisme, à sa dernière étape impérialiste, dévoile sa na¬ 
ture intime : il devient banditisme pur et simple. Il re¬ 
tourne à ses origines, à sa période primitive où com¬ 
merçant, corsaire et pirate ne faisaient qu’un. Les Mus¬ 
solini et les sous-Mussolini sont les derniers héros de la 
défense capitaliste fin de régime. La lutte entre la violen¬ 
ce réactionnaire du fascisme sanguinaire et la violence 
émancipatrice de la révolution prolétarienne est inévi¬ 
table. Tout ce qui l’entrave et l'affaiblit est contre-révo¬ 
lutionnaire, réactionnaire. 

L’expérience soviétique ! 

Plus de onze années se sont écoulées depuis la vic¬ 
toire de la révolution prolétarienne sur un sixième du 
globe. Son succès a dépassé toutes les espérances. Elle 
a vaincu ses innombrables ennemis, intérieurs et exté¬ 
rieurs. Elle a triomphé de la famine, des épidémies, de 
l’anarchie. Elle a relevé un pays laissé en ruines par le 
tsarisme et par des guerres atroces. Elle a forgé un 
Parti bolchévik seul et unique dans l’histoire. Elle a 
forcé ses pires ennemis à reconnaître les Soviets. 

Tous les jours la Révolution russe progresse. Elle 
consacre des milliards à de nouvelles constructions, à de 
nouvelles entreprises. Elle combat victorieusement l’igno¬ 
rance et la barbarie anciennes. Elle forme une nouvelle 
mentalité popidaire. Elle accomplit, et au delà, son devoir 
de solidarité internationale. C’est l’espoir et l’appui de 
tous les opprimés, de tous les peuples se trouvant encore 
sous le joug impérialiste. Et, suprême honneur !... elle 









s 


suscite toujours la haine féroce du monde capitaliste et de 
ses soutiens. Le capitalisme recule politiquement, sociale¬ 
ment et intellectuellement. La Révolution, au contraire, 
progresse comme force politique, sociale et intellectuelle. 
C'est l'avenir. 

La prochaine guerre mondiale! 

Elle est devenue inévitable. Le capitalisme, de produc¬ 
teur devenu destructeur, la prépare fébrilement. Sa 
phraséologie pacifiste est une forme de cette prépara¬ 
tion. C'est la machination d'un alibi par un criminel pré¬ 
parant un mauvais coup en même temps que les moyens 
de défense devant les juges . Le capitalisme, après la der¬ 
nière guerre, ria changé ni sa politique, ni ses méthodes 
de rapine, ni son idéologie de haine et de rivalité. Au 
contraire, il a bâti une demi-douzaine de traités dits de 
paix , qui ont balkanisé l'Europe et l'ont transformée 
en une immense poudrière prête à sauter à la première 
occasion Le fascisme se prépare à y mettre le feu. L'Eu¬ 
rope s'arme pour la « guerre totale », c'est-à-dire pour 
la destruction totale de toute la population combattante 
et non combattante : hommes, femmes, enfants — à 
l'aide des poisons et des bombes aériennes. 

Seul le communisme reste fidèle, en paroles et en ac¬ 
tes , à la solidarité internationale et à la résistance par 
tous les moyens au carnage mondial qui se prépare, à la 
défense inconditionnée de l'U.R.S.S., bastion de la révo¬ 
lution mondiale. 

Donc seul le communisme est capable de sauver l'hu¬ 
manité de la ruine matérielle et intellectuelle qui la me¬ 
nace. 

Le communisme est le salut du monde ! 

Charles RAPPOPORT. 

Paris, 1929. 










PREFACE A LA CINQUIEME EDITION 


Nos prévisions de 1929 se sont réalisées et au delà. 
L’Europe capitaliste se trouve dans les griffes du fas¬ 
cisme ou du préfascisme. Les organisations légales du 
prolétariat sont partout — sauf en Angleterre, en France 
et dans quelques petits Etats de l’Europe du Nord — 
détruites. Le nombre de nos martyrs a augmenté d’une 
façon effrayante. La classe ouvrière saigne de toutes ses 
veines . 

La guerre, que nous avons déclarée « inévitable », 
approche à pas de géants , ou, plus exactement, de bottes 
hitlériennes, ne trouvant en face d’elle que les pygmées 
de la diplomatie capitaliste avec leurs procédés périmés. 

Seule l’U.R.S.S., qui a justifié et surpassé nos espé¬ 
rances, reste le bastion imprenable de la paix mondiale. 
Pendant ces dernières années l’ancienne Russie agricole , 
illettrée a cédé la place à une nouvelle Russie industria¬ 
lisée, instruite et admirablement défendue. 

La III 0 Internationale a Icmcé le mot d’ordre salu¬ 
taire : front unique de la classe ouvrière, front unique 
de tous les exploités ! Ce mot d’ordre d’unité d’action, 
question vitale pour le prolétariat, n’a pas été accepté 
par l’ensemble de la II e Internationale participationniste. 

Quelques sections seulement, dont la section française, 
ont adhéré à l’action commune. 

Dans cette nouvelle édition nous avons éliminé tout ce 
qui pouvait contrarier la réalisation de l’unité d’action 
ouvrière et paysanne. 







7 


Dans les conditions historiques actuelles, toute attaque 
contre VU .RS S. est une agression contre la paix, con¬ 
tre le prolétariat mondial. 

Que les véritables amis de la paix se le disent ! 
Paris, avril 1935. 

Charles RAPPOPORT. 





















PRÉCIS DU COMMUNISME 


I 

L’HOMME EST UN ETRE SOCIAL 

i 

Le plus grand penseur de l’Antiquité, Aristote, a 
écrit : « L’homme est un animal politique ». La science 
sociale de notre temps, d’accord avec l’expérience, dé¬ 
veloppe et précise cette vérité en constatant que 
« l’homme est un être social ». C’est dans la société 
qu’il apprend à penser, à exprimer sa pensée dans les 
termes d’un langage connu et à agir sur les forces de 
la nature. Un homme absolument isolé est un être sans 
raison, sans moyens d’action sur le monde extérieur. 

C’est la société qui, profitant de l’expérience des 
siècles, met dans les mains de l’homme un outillage 
perfectionné de production : le feu, les armes tranchan¬ 
tes, la machine à vapeur, l’électricité. Cet outillage bou¬ 
leverse peu à peu toutes les conditions de la vie et pré¬ 
pare les bases techniques d’une nouvelle société fondée 
sur la solidarité de tous ses membres. 

La conception bourgeoise ignore ou méconnaît cette 
vérité première et fondamentale. Elle ne connaît et ne 
reconnaît que l’individu. Elle sacrifie l’intérêt de tous, 
l’intérêt collectif à l’égoïsme individuel, la majorité des 
producteurs à la minorité des parasites. Sâ devise est : 
Laissez-nous faire, laissez-nous passer, — c’est-à-dire 
laissez tous les privilèges, tous les avantages à quelques 
individus favorisés et bien armés pour la lutte en vouant 
le reste de l’humanité à l’ignorance et à la misère. La 







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conception bourgeoise sacrifiant la société à l'individu 
privilégié, est une conception individualiste qui viole la 
loi fondamentale de la vie sociale : la solidarité et la 
coopération des individus dans la société. Le communis¬ 
me, qui est basé sur la reconnaissance des intérêts com¬ 
muns à tous les membres de la société, est une concep¬ 
tion collectiviste ou sociale, ne sacrifiant ni l’individu à la 
société, ni la société à l’individu. Le communisme a pour 
but : l’individu libre dans une société libre, le bien-être 
de chacun assuré par le bien-être de tous, l’homme nor¬ 
malement développé dans une société bien organisée. 

II 

NOTRE SOCIETE EST UNE SOCIETE 
DE CLASSES 

La conception bourgeoise vulgaire, ne voyant que l’in¬ 
dividu dans la société, ignore ou nie l’évidence, à savoir 
que toute société se compose de classes. Comme l’homme 
isolé est impuissant et succombe facilement dans la lutte 
pour l’existence, il se groupe avec d’autres hommes ayant 
les mêmes intérêts qui forment ainsi une classe, s’oppo¬ 
sant aux autres classes ayant des intérêts contraires. La 
société antique se composait de maîtres armés et d’es¬ 
claves désarmés travaillant, sous le fouet, pour les maî¬ 
tres. Il y avait aussi des classes intermédiaires. L’es¬ 
clave était la chose du maître, ne vivait et ne travaillait 
que pour lui. Le maître disposait de la vie et de la fa¬ 
mille de l’esclave. Toute velléité de résistance aux maî¬ 
tres puissants était cruellement châtiée. Le maître était 
tout, l’esclave rien. 

Le Moyen Age se fonde également sur une domina¬ 
tion de classe. La société se compose de la noblesse et 
du peuple, de paysans serfs. Le serf n’appartient pas 
corps et âme, au noble, en règle générale. Il peut rache- 










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ter, par toutes sortes de redevances et de taxes, le droit 
de travailler pour lui-même. C’est un demi-esclave. Mais, 
au point de vue juridique, politique et social, le peuple 
asservi dépend de la classe dominante des nobles qui le 
juge, le gouverne et le traite en classe sociale inférieure, 
« taillable et corvéable à merci ». 

Des éléments intermédiaires entre ces deux classes, 
se forme peu à peu une nouvelle classe moyenne : la 
bourgeoisie des villes qui vit du commerce et de l’in¬ 
dustrie. En face de la classe des propriétaires fonciers 
se dresse une nouvelle classe de propriétaires d’argent, 
la classe capitaliste. 

La découverte de l’Amérique, le développement du 
commerce par l’extension du marché, d’innombrables in¬ 
ventions mécaniques transformant de fond en comble 
l’industrie, favorisent et font grandir cette nouvelle 
classe capitaliste qui finit par déclarer la guerre à la 
noblesse devenue socialement inutile et s’empare du pou¬ 
voir politique. Elle en profite pour dominer et exploiter, 
à son tour, la classe ouvrière dont le travail l’enrichit. 

En résumé, Antiquité, Moyen Age et Société moderne 
ne représentent que des formes différentes de domina¬ 
tion de classe. Voilà pourquoi l’on divise tout naturelle¬ 
ment toute l'histoire humaine en trois grandes périodes : 
société esclavagiste, société féodale et société capitaliste. 

m 

LE POUVOIR ECONOMIQUE ENTRAINE 
LE POUVOIR POLITIQUE 

La société, pour vivre, a besoin de produire. Pour 
produire, elle se sert des moyens de production que 
tout le monde connaît : sol, sous-sol, machines. Ces 
moyens de production deviennent des moyens de domi- 







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nation lorsqu'ils ne sont pas à la disposition de la société 
tout entière, mais sont la propriété privée d’une classe. 
Ainsi les grands propriétaires du sol, s’emparant du 
moyen de travail qu’est la terre, en profitent pour 
exploiter les esclaves d abord et les serfs ensuite. Le 
propriétaire foncier dit : « Le sol est à moi. Et toi, 
paysan, tu seras un esclave travaillant pour moi sur ma 
terre ». Le paysan se soumet à la volonté du proprié¬ 
taire de la terre. Jadis, presque partout, la terre appar¬ 
tenait en commun à ceux qui la cultivaient. Des guerres 
perpétuelles, des actes de violence directe et systémati¬ 
que, des expulsions en masse par des nobles armés et 
par leurs gouvernements transformaient pendant des 
siècles les cultivateurs en prolétaires, c’est-à-dire en 
hommes qui n’ont pas d’autres moyens d’existence que 
leur force de travail. Et ils les ont obligés à vendre 
leurs bras à ceux qui ont volé les instruments de tra¬ 
vail. Des propriétés communales furent ainsi transfor¬ 
mées, en Angleterre, en grandes propriétés capitalistes. 
Les terres cultivées devenaient des pâturages. Les hom¬ 
mes furent chassés et remplacés par des moutons dont 
la laine était nécessaire pour le développement de l’in¬ 
dustrie textile. 

Il se forma peu à peu toute une armée prolétarienne 
dont les propriétaires des usines et des fabriques deve¬ 
naient les véritables maîtres. Les inventions mécaniques 
destinées à économiser le travail humain et à procurer 
à l’homme des loisirs lui permettant de développer ses 
facultés, son intelligence et son goût, les machines, qui 
devraient être, pour l’homme, de véritables esclaves de 
fer, sont devenues, au contraire, sous le régime capita¬ 
liste, ses pires ennemies, ses concurrentes, le moyen le 
plus puissant de son exploitation et de son esclavage. La 
machine détruit d’innombrables petits métiers. La fa¬ 
brique met sur le pavé l’artisan. Et la société se divise 








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de plus en plus en deux classes : d’un côté, les proprié¬ 
taires des instruments de travail, les fabricants, les usi¬ 
niers, les maîtres de forge et de l'autre, les salariés, les 
sans-propriété, les ouvriers, les prolétaires. 

Toute classe qui possède les instruments de travail 
cherche à s’emparer du pouvoir politique, de l’Etat et 
de la force armée, pour assurer sa propriété exclusive, 
sa propriété-monopole. Le pouvoir économique entraîne 
le pouvoir politique. Le propriétaire foncier exploitant 
directement le paysan ignorant, dispersé à travers les 
campagnes, sans habitude d’organisation, préfère le pou¬ 
voir absolu de la monarchie. Le propriétaire des instru¬ 
ments mécaniques ayant affaire à une société plus dé¬ 
veloppée, ne pouvant pas se passer du concours de h 
science et exploitant les ouvriers concentrés dans les 
villes, est obligé d’avoir recours, pour maintenir sa do¬ 
mination à la monarchie parlementaire ou à la Répu¬ 
blique. Mais monarchie ou République capitaliste, c’est 
toujours le pouvoir politique au service de la propriété 
privée, c’est toujours la force armée à la disposition des 
intérêts des classes privilégiées. Qui a propriété . a pou¬ 
voir. Le prolétariat est une classe de non-propriétaires. 
Et il est privé aussi du véritable pouvoir politique. Mais 
cette situation ne peut pas durer éternellement. Le ].ro- 
létariat finit par comprendre qu’il est la dupe et la vic¬ 
time d’un régime qui ne vit que par lui et qui l’exploite 
impitoyablement. 


IV 

LA CONQUETE DU POUVOIR 

La société capitaliste ne peut exister sans le prolé¬ 
tariat. C’est le prolétariat qui met en mouvement le 
formidable outillage mécanique. Le prolétariat assurant 






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le fonctionnement de la grande production, travailla: t 
dans les grandes usines et les immenses fabriques, crée 
le travail organisé sur des bases collectives. La produc¬ 
tion moderne est une production de masses. Cependant 
le profit en est individuel, c’est-à-dire que les richesses 
produites collectivement sont accaparées par des capita¬ 
listes individuels. 

Aussitôt que le prolétariat prend conscience de ce 
fait, de ce scandale permanent de la société capitaliste, 
il commence à se révolter contre un état de choses qui 
assure au capitaliste la part du lion. Et il revendique 
son dû. 

Cependant, le prolétariat moderne ne veut pas re¬ 
tourner à son ancien métier. Les prolétaires travaillant 
dans une mine, dans les hauts fourneaux, à une voie 
ferrée ne peuvent pas demander le partage de la mine, 
du haut fourneau et du chemin de fer. Ce sont des 
grands organismes de production qui fonctionnent 
comme des organismes vivants et ne sauraient être cou¬ 
pés en morceaux sans cesser de vivre et de produire. 

Voilà pourquoi le prolétariat demande la propriété 
sociale, la propriété communiste, c’est-à-dire la mise 
en commun des grands instruments de travail, du sol, 
du sous-sol, des usines, des fabriques, des chemins de 
fer, etc., etc. A travail collectif, propriété collective. La 
collectivité doit posséder ce que la collectivité produit. 
Le prolétariat devenu maître des instruments de travail 
cesse d’être l’esclave du capitaliste. La machine cesse 
d’être sa rivale, pour devenir son auxiliaire, son aide, 
son amie. Elle lui assure du loisir pour développer toutes 
ses facultés. D’un esclave, d’un instrument vivant, l’ou¬ 
vrier devient un homme conscient, maître de lui-même. 
Il supprime l’exploitation de l’homme par l’homme. Il 
établit l’égalité sociale ; à la lutte contre le patron, il 
substitue la lutte contre les forces de la nature, contre 











15 


sa propre ignorance. Il arrache à la nature ses secrets 
et multiplie sa propre force qui est celle de toute la so¬ 
ciété. 

Mais la classe capitaliste ne cédera pas de bon gré 
sa place au prolétariat. Pour transformer la propriété, 
il faut lui arracher son pouvoir politique, son instrument 
d'oppression et qui, entre les mains du prolétariat, de¬ 
vient l'arme de l’émancipation de tous les producteurs. 
Le prolétariat, en s'emparant du pouvoir politique par la 
voie révolutionnaire, ne fait que suivre l'exemple des 
classes qui l’ont précédé. Toute classe a besoin du pou¬ 
voir politique pour sauvegarder la forme de propriété 
qu’elle représente. Par cela même que le prolétariat as¬ 
sure la propriété sociale, c'est-à-dire, en définitive, la 
propriété de tous, son pouvoir politique est également 
le pouvoir de tous les producteurs et il ne s'exerce d’une 
façon violente que contre les parasites et les contre- 
révolutionnaires, qui ne font qu'un. 

V 

LA VICTOIRE DU COMMUNISME 

La victoire du prolétariat communiste n'est pas seu¬ 
lement désirable. Elle est aussi pratiquement possible 
et historiquement certaine. La victoire du communisme 
est désirable parce que le communisme seul mettra fin 
à l'exploitation de l'homme par l’homme et de la femme 
par l’homme. Seul le communisme supprimera la lutte 
pour le partage du globe, entre les continents, les races 
et les nations. Le communisme seul mettra fin à la 
guerre et à la misère, aux innombrables injustices dont 
est saturée notre vie quotidienne. 

En effet, la société actuelle, basée sur l'égoïsme aveu¬ 
gle, réalise le maximum de l'absurdité ! En haut, une 


Ë 







16 


petite minorité de possédants qui ont tous les moyens 
de bonheur, mais incapables d’en profiter. Car ils sont 
condamnés à vivre isolés du peuple travailleur qui les 
hait. Ils passent leur vie à trembler pour leurs privilèges 
et à combattre tout mouvement d’avant-garde qui me¬ 
nace le régime du privilège. De plus en plus, ils sont 
obligés de vivre comme dans une forteresse assiégée. 
Se condamnant, par leur richesse, à une vie oisive qui 
répugne à la nature humaine, ils ne jouissent, pour la 
plupart, ni de la santé physique, ni de la santé morale. 
L’ennui, qui leur fait chercher toutes sortes de faux 
plaisirs, souvent grossiers, ou grotesques, est le lot ha¬ 
bituel des riches privilégiés de notre régime. 

D’autre part, l’immense majorité des producteurs, ou¬ 
vriers et paysans, sont condamnés aux travaux fasti¬ 
dieux qui minent leur santé, travaux sans joie engen¬ 
drant d'innombrables maladies et des accidents profes¬ 
sionnels. Le chômage guette la classe ouvrière au tour¬ 
nant de chaque crise économique qui survient périodi¬ 
quement. La tuberculose, fille de la misère, la décime. 
L’alcoolisme, où l’ouvrier surmené cherche l’oubli de sa 
vie misérable, l’empoisonne et contribue à sa dégéné¬ 
rescence physique et morale. La vie d’un ouvrier est 
presque deux fois moins longue que celle d’un riche. 
Vie gâchée et sans bonheur chez les classes riches, im¬ 
possibilité d’une vie normale chez les classes exploitées 
— voilà le tableau véridique d’une société basée sur la 
lutte des classes, des races, des nations et des individus. 
Cette société se trouve toujours dans un état de déséqui¬ 
libre qui l’a fait justement comparer à une pyramide 
renversée sur la pointe avec la base en l’air. On peut 
dire de notre société qu’elle est une maison à l’envers 
avec les caves à la place du toit. Ce ne sont pas les classes 
productrices, créatrices de la vie, qui la gouvernent, mais 
les classes et les couches parasitaires qui la dominent 























17 


et l'oppriment. La classe des producteurs, en prenant 
possession de la société, rétablira l’équilibre et mettra 
chaque chose à sa place. 

La science moderne a créé des ressources infinies de 
bien-être et de bonheur. Appliquée à multiplier les com¬ 
modités de la vie, elle aurait pu faire de notre vie un 
véritable paradis social. Par la faute de notre régime ab¬ 
surde, l’humanité se débat dans un véritable enfer so¬ 
cial. Les hommes, au lieu de coopérer à l’édification 
d’une maison commune habitable, sont, au contraire, 
occupés à s’entre-dévorer, et à s’empoisonner mutuelle¬ 
ment la vie. Il en résulte un gaspillage de forces sociales 
et individuelles effrayant. Le communisme, en suppri¬ 
mant la cause même des luttes et des rivalités — la pro¬ 
priété privée — fondera une nouvelle société basée sur 
les principes d’économie organisée. Il supprimera tout 
gaspillage, tout travail improductif, abolira les conflits 
d’intérêt en faisant fonctionner l’autorité collective non 
au profit d’une classe, mais au profit de la société tout 
entière. 

Le communisme est donc, à tous les points de vue, 
désirable. 

Il est aussi possible. Car il correspond aux intérêts col¬ 
lectifs, au bon sens, au désir commun de bien-être, à l’in¬ 
térêt de la classe productrice qui forme l’immense majo¬ 
rité dans chaque pays. 

Le communisme est possible. Car, de plus en plus, les 
hommes s’associent pour mettre leurs efforts en com¬ 
mun. Toutes sortes d’associations d’ordre politique, in¬ 
tellectuel et moral habituent l’homme à organiser son 
travail et sa vie. 

Le communisme est possible. Car les forces produc¬ 
tives, grâce au machinisme, ont atteint un degré inouï 
de développement. On n’a qu’à les mettre en œuvre au 
profit de tous pour assurer le bien-être complet à tous 







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les membres de la société. Le communisme devient de 
plus en plus possible avec l'éducation sociale de la classe 
ouvrière organisée en parti politique de classe, en syndi¬ 
cats et en coopératives. L’organisation rationnelle de la 
production s’impose avec le développement de la cons¬ 
cience et de la solidarité entre les producteurs. 

Mais le communisme est non seulement désirable et 
possible : il est aussi une nécessité historique. Il est 
l’aboutissement inévitable de toute l’évolution historique, 
économique aussi bien que politique, intellectuelle aussi 
bien que morale. 

Sur le terrain économique, la société moderne tend 
à la concentration de la production. Les grandes entre¬ 
prises, plus viables et plus profitables, absorbent, de 
plus en plus, les petites et moyennes entreprises. L’usine 
gigantesque supprime le petit atelier, le grand commerce 
domine la petite boutique, la haute banque triomphe de 
la petite banque. Le communisme est la conclusion lo¬ 
gique de cette concentration. Car il remplace le mono¬ 
pole de la minorité possédante par la propriété collec¬ 
tive. 

L’immense armée des producteurs s’empare de la pro¬ 
duction déjà concentrée, préparée par son mécanisme 
même, à passer dans les mains de la collectivité ouvrière 
et paysanne. 

Le même phénomène d’organisation sur des bases col¬ 
lectives, s’observe sur d’autres terrains : social, politique 
et intellectuel. Les campagnes se vident au profit des 
villes où les hommes vivent une vie sociale très intense 
sillonnée par toutes sortes d’organisations et de liens 
collectifs. L’Etat, forme suprême de la concentration 
politique, domine de plus en plus la vie individuelle et 
sociale. La croissance prodigieuse de son budget, qui 
menace d’absorber presque tout le revenu dit national, 
en est la meilleure preuve. Cet Etat est aujourd’hui un 













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Etat des classes privilégiées, un instrument d'oppres¬ 
sion. Le prolétariat, en le détruisant, lui substitue son 
propre Etat qu'il met au service de tous les travailleurs 
des villes et des champs. 

L'instruction publique, le développement de la grande 
presse, la vulgarisation littéraire et scientifique sont au¬ 
tant de facteurs de concentration intellectuelle, qu'iï 
s’agit de canaliser et de diriger vers un but social : le 
développement intellectuel d’une société de producteurs 
travaillant pour le bien-être de tous et de chacun. 

VI 

CE QUE DISENT NOS ADVERSAIRES 

Nos adversaires disent que nous ne sommes pas des 
hommes pratiques. Nous serions des rêveurs, des chi¬ 
mériques, des hommes d’imagination. Nos adversaires 
nous opposent la « nature humaine ». Et ils s'expli¬ 
quent : « Vous voulez, nous disent nos contradicteurs, 
— qu'ils soient savants ou ignorants, académiciens ou 
gens du peuple — changer la société, assurer à tout 
le monde le bien-être et l'égalité des droits. Vous ou¬ 
bliez, malheureux, la nature humaine ! L'homme est 
méchant, égoïste. Il n'aime que lui-même. Vous n'arri¬ 
verez jamais à changer l’homme. Votre idéal est beau. 
Vos intentions sont excellentes. Mais la mariée est trop 
belle pour l’homme qui est trop laid ». 

A quoi les communistes répondent : On a opposé 
le même argument de la nature humaine aux adversaires 
de l’esclavage et du servage, à l'exploitation économique 
barbare de l'Antiquité et du Moyen Age. On invoquait 
également la nature humaine pour défendre la monar¬ 
chie absolue, la servitude politique de l’immense majorité 
de la nation. 






■ 


20 

Les plus grands penseurs anciens, Aristote et Platon, 
défendaient l’éternité de l’esclavage avec l’argument de 
la « nature humaine ». Ils disaient : « C’est la nature 
humaine qui a fait que les Grecs, peuple civilisé, ont 
transformé les barbares vaincus, tous les autres peuples, 
en esclaves. C’est la nature humaine qui crée des maîtres 
et des esclaves. C’est la nature humaine qui exige l’iné¬ 
galité parmi les hommes et la domination des uns sur 
les autres. » 

Or, l’esclavage a été aboli. Et la nature humaine n’a 
pas protesté. Tout au contraire. Ceux qui voudraient 
rétablir l’esclavage, sous la forme antique, seraient con¬ 
sidérés, aujourd’hui, comme des ennemis du genre hu¬ 
main. Et on leur dirait qu’ils entreprennent une chose 
contraire à notre nature, qui ne tolère plus l’esclavage. 

Cependant, il faut être juste, même envers le passé. 
La situation de l’esclave dans l’Antiquité, surtout quand 
les esclaves étaient peu nombreux, était meilleure que 
celle des ouvriers sans travail. Car le maître considérait 
son esclave comme une propriété qu’il faut ménager. 
Il lui assurait les moyens d’existence. Et souvent, s’il 
était bienveillant, il le traitait en membre de sa famille. 

Tandis que la société capitaliste condamne à la misère 
du chômage et à la famine ceux qu’elle ne peut pas em¬ 
ployer pour augmenter ses richesses. 

C’est une grossière erreur de dire que la nature hu¬ 
maine ne change pas. Tout change dans la nature et 
dans la vie. Tout se transforme. Le mouvement est la 
loi universelle de tout ce qui existe. C’est la conclusion 
de toutes les sciences de notre temps : la science des 
corps célestes (astronomie), les sciences naturelles et 
biologiques, les sciences sociales et historiques. Tout évo¬ 
lue, tout se modifie, d’une manière constante. Comme 
disaient les anciens : « Tout coule. On ne descend pas 
deux fois le même fleuve ». On ne rencontre pas deux 


i 








21 


fois le même homme, car, entre deux rencontres, il a 
vieilli, il a changé de constitution, d’âge et de caractère, 
ce n’est plus le même. L’espèce humaine, elle aussi, a 
varié. Elle descend des animaux inférieurs. Les planètes 
mêmes, le soleil, la lune, ne furent pas toujours ce qu’ils 
sont aujourd’hui. Notre terre a subi d’innombrables ré¬ 
volutions géologiques. 

L’histoire humaine est un perpétuel changement. 

L’esclavage fut remplacé par le servage de l’Ancien 
Régime. Le servage a dû céder la place à notre salariat, 
qui est « la dernière forme de l’esclavage ». Et le sala¬ 
riat cédera la place au communisme, qui est la fin de 
toute exploitation de l’homme par l’homme, la fin de 
tout esclavage. 

Si tout change, si tout se transforme, si tout se mo¬ 
difie, comment peut-on admettre un seul instant que la 
forme actuelle de la propriété restera toujours la même ? 
C’est précisément cela qui serait contre nature. Regardez 
autour de vous et comparez ce que vous voyez avec ce 
qui existait autrefois. Le globe est sillonné de voies fer¬ 
rées. Les océans sont traversés par des « palais noma¬ 
des ». L’homme a conquis l’air et s’y tient comme sur la 
terre. On vole d’un continent à l’autre. La fée électri¬ 
cité répand partout une lumière éblouissante. La télé¬ 
graphie sans fil communique, en quelques minutes, les 
nouvelles d’un bout du monde à l’autre. Nous pouvons 
communiquer avec d’autres hommes, de vive voix, à des 
milliers de kilomètres. Tout dans notre vie a changé 
et l’on voudrait maintenir la société seule dans son an¬ 
cien état barbare de lutte et de misère ! 

Il est naturel que des hommes qui vivent sous un 
régime ne croient pas à la possibilité d’un autre régime ; 
les uns parce qu’ils s’y trouvent bien, les autres parce 
qu’ils sont ignorants et ne réfléchissent pas. A la veille 
de la prise de la Bastille, on croyait en France la mo- 






22 


narchie assurée à jamais. Avant la Révolution de 1917, 
on ne croyait pas, en Russie, à la possibilité de la chute 
du régime tsariste. Avant la Révolution d’Octobre, per¬ 
sonne, en Russie, ne pouvait croire que le prolétariat 
arriverait aussi rapidement au pouvoir et qu’il s’y main¬ 
tiendrait plus de quelques semaines. Dans le monde en¬ 
tier, on ne voulait jamais admettre qu’un jour la Chine 
se mettrait en mouvement et formerait les Soviets. 

Il y a à peine un siècle les hommes d’Etat les plus 
éminents raisonnaient comme nos arrière-grand’mères en 
disant : « On ne verra jamais de voitures sans che¬ 
vaux )). Les chemins de fer, les automobiles et les avions 
se moquent de leurs prévisions pessimistes. Et nous 
sommes obligés de conclure, sous l’avalanche de faits 
sans nombre, qu’il ne faut jamais désespérer du progrès 
humain. Ce qui nous paraît impossible aujourd’hui, de¬ 
vient possible demain. L’utopie d’aujourd’hui, c’est sou¬ 
vent la réalité de demain. 

Autres objections au communisme. On nous accuse 
de vouloir supprimer la liberté ! Mais, où est-elle, cette 
fameuse liberté ? L’ouvrier est-il libre de ne pas aller 
à l’usine pour y travailler au profit du capitaliste ? L’em¬ 
ployé est-il libre de ne pas se rendre à son bureau, à 
heure fixe ? Le médecin est-il libre de ne pas attendre 
les malades qui le font vivre ? Le capitaliste lui-même 
est-il libre de ne pas exploiter « ses » ouvriers s’il veut 
augmenter sa fortune et « maintenir son rang » ? La 
presse capitaliste est-elle libre de ne pas mentir si elle 
veut continuer à toucher ses subsides ? Le gouvernement 
capitaliste est-il libre de ne pas envoyer de troupes sur 
les champs de grève, sans être chassé à coups de bottes 
par le Capital qui les paie ? Les troupes sont-elles libres 
de ne pas marcher contre les grévistes ? Les peuples 
sont-ils libres de s’abstenir lorsque les Tardieu, les Mus¬ 
solini, les Hitler décident de mobiliser des millions 
d’hommes pour s’entr’égorger ? Le petit commerçant 










23 


est-il libre de ne pas se laisser ruiner par les Bon Mar¬ 
ché et les Louvre ? Le paysan ruiné par le fisc et l’usure 
est-il libre de ne pas déserter la campagne où il crève 
de faim ? 

Il n’y a pas de liberté où il n’y a pas de propriété 
pour tout le monde, où l’homme est l’esclave de l’homme, 
où l’Etat capitaliste dispose de notre vie et de nos biens. 
La liberté, dans notre société, est un mot vide de sens, 
une phrase creuse, un mensonge. 

Seule, la société communiste, mettant le sol, le sous- 
sol et toutes les machines au service de tous ceux qui 
cultivent la terre et travaillent dans les usines, assurera 
la liberté réelle à tous. Car ils seront alors leurs propres 
maîtres. Ils ne travailleront que pour eux-mêmes. Les 
casernes seront remplacées par des usines, et les soldats 
esclaves par des producteurs. Pour vivre, les ouvriers 
et les paysans de tous les pays n’auront pas besoin de 
se détruire mutuellement. L’Etat, chien de garde des ri¬ 
ches, disparaîtra en même temps que ses parasites dont 
il assure les privilèges. 

Après avoir travaillé pour,produire ce qui est néces¬ 
saire à la vie, le producteur, membre de la cité commu¬ 
niste, sera libre d’employer son temps à sa guise. Tous 
les biens de la nature, libérés du joug des propriétaires, 
toutes les richesses inépuisables de la science et de l’art 
humain seront à sa disposition. La société n’aura d’au¬ 
tre souci que de multiplier les commodités et les joies 
de la vie, de perfectionner les instruments de travail 
pour créer à l’homme plus de loisir, plus de lumière, 
plus de bonheur. La liberté cessera d’être un mot pour 
devenir une réalité, un fait quotidien, le bien de tous. 

On nous dit encore : Si l’homme n’a pas l’aiguillon 
de la faim et l’appât du profit pour le faire travailler, 
il deviendra paresseux. En disant cela, on oublie la né- 






24 


cessité de se nourrir, de se vêtir, de se loger. Ceux qui 
ne travailleront pas ne mangeront pas. On oublie éga¬ 
lement que la paresse n’est pas le fait d’un homme sain. 
On n’a qu’à observer les enfants, qui ignorent le repos. 

La paresse est un fléau social, fille légitime de notre 
régime qui est une prime à la paresse. Car il assure 
toutes les richesses à ceux qui travaillent le moins pos¬ 
sible, aux privilégiés oisifs, aux parasites sociaux. La 
paresse vient enfin des conditions intolérables du travail 
forcé et excessif, dans les usines insalubres et infectes. 
Comment travailler de bon cœur lorsqu’on travaille pour 
enrichir les autres ? Quand les producteurs sauront que 
les produits de leur travail leur appartiennent, ils se 
débarrasseront vite du dégoût que leur inspirent les 
travaux forcés dans une société absurde et malfaisante. 
Le travail bien réglé et mesuré deviendra attrayant. Il 
deviendra un plaisir et une joie. Car le travail est né¬ 
cessaire à la santé physique et morale de l’homme. C’est 
la science moderne qui établit cette nécessité vitale du 
travail. 

Il y a aussi le prétendu « argument russe ». On dit, 
ou plutôt on disait : « Voyez la Russie. Le communisme 
a ruiné ce pays. La famine et la souffrance y régnent en 
souveraines ». On ne le dit plus maintenant, en face 
des immenses progrès techniques et économiques accom¬ 
plis pendant les dernières années, en face d’une nouvelle 
Russie avec ses usines géantes, avec ses millions de ma¬ 
chines agricoles. 

La guerre et la contre-révolution ont ruiné la Russie. 
La double guerre y a duré sept ans. Aucun pays du 
monde n’aurait pu résister à une guerre aussi longue. 
Cependant le prolétariat reste maître de la situation. Il 
a vaincu le monde capitaliste. Il a chassé, anéanti tous 
les généraux contre-révolutionnaires soutenus par la 
réaction mondiale, par les capitalistes de tous les pays. 











25 


Le communisme a supprimé le banditisme et le désor¬ 
dre. Il a assuré la sécurité extérieure et intérieure. Les 
adversaires de bonne foi reconnaissent aujourd’hui que 
seul le communisme peut gouverner la Russie et la sau¬ 
ver. 

Les communistes construisent la nouvelle Cité du Tra¬ 
vail au milieu de difficultés inouïes. Des hordes contre- 
révolutionnaires ont détruit pendant des années les voies 
ferrées, les usines, les machines, fait sauter les ponts, 
incendié les stations électriques. Néanmoins, les prolé¬ 
taires n’ont pas abandonné leur œuvre gigantesque, leur 
tâche glorieuse. Ce sont des maçons formidables qui, 
tout en essuyant des coups de feu de l’intérieur et de 
l’extérieur, continuent à élever leur maison. 

L’exemple soviétique nous fortifie et nous prouve 
avec éclat ce dont est capable un prolétariat héroïque 
et conscient. C’est pour la première fois que le commu¬ 
nisme moderne sort du domaine de la théorie pour en¬ 
trer dans celui de la pratique. Il a prouvé, non par des 
arguments, mais par des faits, sa vitalité. C’est même 
la raison pour laquelle le monde capitaliste s’acharne 
contre l’Union soviétique. Les capitalistes ne peuvent 
pas admettre qu’une société basée sur le travail libre 
puisse exister et surtout prospérer. Ils craignent la con¬ 
tagion de l’exemple pour « leurs » ouvriers qui conti¬ 
nuent à être les esclaves du Capital. 

La réaction monarchiste n’a pas pu empêcher la diffu¬ 
sion des idées révolutionnaires à travers le monde pen¬ 
dant tout le xix e siècle dominé par la grande Révolution 
française. La réaction bourgeoise n’empêchera pas la 
victoire du socialisme en U.R.S.S. et dans le monde en¬ 
tier. 






26 


VII 

LE COMMUNISME ET LA REVOLUTION 

On nous dit aussi : « Vous voulez la révolution. Vous 
êtes partisans de la violence ». Or, c’est pour sauver 
l’humanité de la violence chronique des guerres de clas¬ 
ses, que nous déclarons la révolution inévitable et salu¬ 
taire. Comparez ce que coûtent, en vies et en souffrances 
humaines les guerres, aux sacrifices imposés par les ré¬ 
volutions. C’est une goutte dans un océan de sang et de 
larmes.La Terreur de 1793 a emporté quelques milliers 
de victimes. Les guerres de Napoléon en ont valu à 
l’Europe près de quatre millions. La guerre mondiale 
a fait tuer près de quinze millions d’hommes et en a fait 
mutiler trente millions. 

Oui dit révolution, dit changement profond, change¬ 
ment de système politique et économique. C’est en se re¬ 
fusant au massacre de ses frères de misère que le peu¬ 
ple russe a accompli la Révolution. Quand la conscience 
populaire se désolidarise du régime, la force armée passe 
du bon côté de la barricade, et le peuple a vaincu. 

La plus grande révolution sociale — la Révolution 
d’Octobre — s’est accomplie presque sans effusion de 
sang. L’armée est passée du côté de la Révolution. Le 
sang qui a coulé en Russie a été versé par la contre- 
révolution. Que celle-ci en porte seule la responsabilité ! 
Nous ne prêchons pas le culte de la force brutale à la 
manière fasciste. Nous ne faisons que constater trois 
grands faits historiques : 

i° Un régime qui a fait son temps ne saurait être 
sauvé par des améliorations partielles, par un replâtrage, 
en un mot par des réformes : il faut un changement 
de base, une transformation fondamentale; 












27 


2 ° Jamais une classe dominante n'a cédé de bon gré 
sa place à une nouvelle classe appelée à la remplacer 
dans la direction de la société, sans la pression d'une 
force supérieure, de la violence. Les classes et les ré¬ 
gimes ne se suicident pas. Il faut les pousser dehors 
par la force. C'est l’histoire de toutes les révolutions ; 

3° Pour changer de régime, il faut s'emparer du pou¬ 
voir politique. L'exercice révolutionnaire du pouvoir po¬ 
litique s’appelle dictature du prolétariat. Une nouvelle 
classe s’emparant du pouvoir, impose sa volonté à la 
classe déchue. La bourgeoisie s'est débarrassée de la clas¬ 
se féodale par un pouvoir dictatorial. Aujourd’hui, elle 
en use contre le prolétariat parce qu’il s’agit de la fin de 
sa domination et de l’avènement au pouvoir de la classe 
ouvrière alliée à la paysannerie. Le prolétariat vain¬ 
queur détruit l’Etat bourgeois, appareil de domination 
de classe de la bourgeoisie, et élève sur ses décombres 
l’Etat prolétarien qui accorde la liberté réelle à tous les 
travailleurs, à tous les producteurs. 

Pour éviter l’effusion du sang populaire, dont les com¬ 
munistes sont avares, il n’y a qu’un seul moyen : le 
développement de la conscience et de l’organisation de 
la classe ouvrière. Plus les ouvriers et les paysans seront 
conscients et organisés, moins ils auront besoin d’em¬ 
ployer la violence. La violence révolutionnaire ne de¬ 
vient inévitable que parce, que les classes dominantes 
opposent leur violence réactionnaire, qui est chronique, 
à la classe révolutionnaire, au prolétariat, qui revendique 
ce qui doit lui appartenir : les instruments de travail. 
C’est une nécessité historique. 










28 


VIII 

LE COMMUNISME ET LES PAYSANS 

Pour rendre impossible la révolution prolétarienne, on 
cherche à dresser les paysans contre les ouvriers. On 
dit aux petits paysans propriétaires que nous voulons les 
déposséder de leur instrument de travail, de leur petit 
lopin de terre. C’est une calomnie. Le communisme 
rend la terre aux cultivateurs. Seuls seront expropriés 
les gros propriétaires parasites pour lesquels la terre 
n’est qu’un capital qu’ils font valoir par le travail des au¬ 
tres. En France, nous mettrons fin à ce scandale que les 
trois cinquièmes du sol sont possédés par 69.000 famil¬ 
les, tandis que sept millions de petits paysans ne dispo¬ 
sent que des deux cinquièmes, c’est-à-dire de moins de 
la moitié du sol français. 

Les petits cultivateurs qui travaillent dur sur leurs 
terres comprendront facilement tous les avantages de 
la coopération agricole, de l’achat en commun des en¬ 
grais, de l’usage en commun des machines, etc., etc. Les 
communistes leur fourniront tous les moyens de pro¬ 
duction perfectionnés, les initieront aux procédés de la 
grande culture moderne, à gros rendement, en multi¬ 
pliant les coopératives de production agricoles, les kol- 
khoz (exploitations agricoles collectives). 

Aucune violence ne sera employée envers les paysans 
vivant de leur travail. Ils aideront leurs frères des villes 
qui, eux aussi, pour la plupart, sont d’origine paysanne. 
La solidarité entre l’ouvrier et le paysan sauvera le 
monde. Le paysan a besoin des produits des usines. Les 
ouvriers ont besoin du blé. Les uns ont donc besoin des 
autres. En attendant l’établissement, sur de nouvelles 
bases, d’une société qui ne connaîtra qu’un peuple pro¬ 
ducteur travaillant, tantôt dans de vastes usines bien 













29 


aérées, tantôt dans des champs avec des instruments per¬ 
fectionnés, à la fois travailleur manuel et intellectuel, la 
ville échangera sans tromperie ni spéculation, ses objets 
fabriqués avec la campagne. 

Ce sont les gros, les riches, les privilégiés, les para¬ 
sites et leurs journalistes à gages qui excitent les pay¬ 
sans contre leurs frères des villes. Pendant que le pay¬ 
san se bat contre l’ouvrier, l’exploiteur commun fait les 
poches de l’un et de l’autre. La paix entre l’ouvrier et 
le paysan, ces deux bras de la société productrice, est 
nécessaire pour libérer l’un et l’autre du joug commun 
des capitalistes. 


IX 

LE COMMUNISME ET LA SCIENCE 

Sous le régime capitaliste, les savants et les hommes 
de lettres, les ingénieurs et les techniciens forment pres¬ 
que une caste à part, au service des hommes d’argent. 
C’est la domesticité dorée du Capital, les exploités et 
les asservis en redingote et en chapeau haut de forme. 
La science, respectée en parole, est l’esclave des riches, 
dans la pratique quotidienne de la vie. 

Le communisme émancipera la science. Il lui accor¬ 
dera la première place dans la société. Car plus le tra¬ 
vail est productif, autrement dit plus scientifiquement 
il est organisé, plus il profite à tous. Dans la société ca¬ 
pitaliste, la machine n’est introduite que lorsque le capi¬ 
taliste y trouve son compte, et ce n’est pas toujours le 
cas. Le communisme, par contre, y trouvera toujours 
profit. Car améliorer la situation du producteur, lui as¬ 
surer le bien-être, voilà l’objet de la société communiste. 

La société capitaliste a fait de la science un instru¬ 
ment de meurtre, une arme de destruction formidable. 







30 


Elle fabrique des poisons de guerre. Ses batailles sont 
des batailles aériennes et chimiques. 

Elle invente des engins d’une force dépassant toute 
imagination. Bientôt, elle menacera de destruction toute 
l’humanité. En un mot : le Capitalisme, c’est la destruc¬ 
tion de plus en plus scientifique, tandis que le commu¬ 
nisme, c’est « la production scientifique ». La science 
au service de la mort, c’est la société capitaliste. La 
science au service de la vie, c’est le communisme. La 
science, réduisant au minimum notre dépendance à l’é¬ 
gard de la nature, rend l’homme libre et heureux. 

L’art embellit la vie des travailleurs, orne leurs loi¬ 
sirs, les encourage à l’effort utile et fécond. Aujourd’hui, 
l’art est le jouet frivole des oisifs, des gavés et des re¬ 
pus, un jouet qu’ils achètent et dédaignent. L’art donne 
un air de fête au labeur et à la vie humaine. Il remplit 
l’atmosphère sociale de beauté et de joie. Il attache 
l’homme à la vie par des liens invisibles de charme et 
de grâce. Le savant, l’homme de lettres, le technicien, 
débarrassés des étroitesses et des tares professionnelles, 
producteurs parmi les producteurs, deviennent le cerveau 
et le cœur de la vie sociale, harmonieuse. Le génie n’est 
plus menacé d’ingratitude, le savant original de la per¬ 
sécution de ses rivaux. L’inventeur trouve dans la so¬ 
ciété avide de progrès le concours nécessaire pour faire 
valoir ses inventions. La société communiste, c’est le 
triomphe de la science, de l’art et du génie créateur de 
l’homme. 

X 

LE COMMUNISME ET LA PAIX 

La guerre mondiale fut l’aboutissement du régime 
capitaliste avec sa lutte pour le partage du globe, pour 











31 


le marché mondial, pour les zones d'influence, pour les 
richesses et la domination, avec ses haines et ses riva¬ 
lités de pays à pays, de nation à nation, de contineut à 
continent. Le régime capitaliste, c'est la guerre exté¬ 
rieure et intérieure. Le communisme, c'est la paix. Le 
communisme ne reconnaît qu’une seule source des ri¬ 
chesses et du bien-être : le travail. Or, les travailleurs 
sont les ennemis de la mort et des ruines. La Révolution 
d’Octobre a donné l'indépendance absolue à tous les 
peuples qui ont accepté de vivre en paix avec elle. 

Dès qu'elle se fut débarrassée de l'envahisseur contre- 
révolutionnaire, la révolution prolétarienne a déclaré la 
paix au monde. Elle ne pense qu’à l’organisation du so¬ 
cialisme. Elle prêche partout la solidarité de tous les tra¬ 
vailleurs. Elle est profondément internationaliste. Et sa 
devise officielle est : « Prolétaires de tous les pays, 
unissez-vous ! ». 

La société capitaliste a divisé le monde en Etats aux 
intérêts opposés, tantôt alliés les uns contre les autres, 
tantôt en guerre ouverte. Le monde est morcelé, « bal¬ 
kanisé », hérissé de frontières et de barrières infran¬ 
chissables. Les poudrières et les mines, placées un peu 
partout, menacent de faire sauter la civilisation capi¬ 
taliste. Des conflits éclatent à chaque instant. La sé¬ 
curité n'est nulle part. On parle de la paix et l'on pré¬ 
pare la guerre. On proclame la nécessité du désarme¬ 
ment et l'on arme de plus belle. 

A peine le massacre mondial est-il terminé, qu'on en 
prépare activement un nouveau, encore plus formidable, 
plus atroce. L'Angleterre a battu, avec l'aide de la France 
et des Etats-Unis, son rival économique l’Allemagne. 
Et déjà elle voit surgir, au delà de l’Océan, un nouveau 
concurrent, encore plus dangereux pour sa domination 
mondiale : les Etats-Unis. Elle se défie du Japon qui, 
à son tour, veut dominer l'Asie, envahir et subjuguer 








32 


la Chine. Ce sera un terrible choc des continents où de 
nouveau, toutes les nations, grandes et petites, seront, 
bon gré mal gré, entraînées. Ce sera avant tout une croi¬ 
sade du vieux monde contre le pays du socialisme dont 
le triomphe sonne le glas de l’ancienne société. Ce sera 
un massacre sans précédent, organisé selon le dernier 
mot de la science : une guerre de poisons et de flottes 
aériennes, en un mot, une « guerre totale », c’est-à-dire 
la destruction totale des hommes, des femmes et des 
enfants. 

Le monde n’a qu’un seul moyen d’éviter ce nouveau 
massacre mondial : la révolution mondiale, qui rempla¬ 
cera la lutte des nations par la coopération internatio¬ 
nale, la défense dite nationale par la lutte contre le na¬ 
tionalisme et la guerre. La propriété privée des instru¬ 
ments de travail provoque la guerre civile. La propriété 
nationale engendre la guerre internationale. La suppres¬ 
sion de la propriété capitaliste fondera définitivement 
la paix extérieure et la paix intérieure. En supprimant 
la cause fondamentale des guerres : la propriété privée, 
on supprimera l’effet, la conséquence : la guerre ! 

L’humanité doit choisir entre le régime capitaliste 
destructeur et la révolution créatrice qui, par des efforts 
méthodiques, préparera un monde nouveau sans guerre 
ni misère. Le prolétariat russe nous a montré comment 
on peut utiliser la crise du régime issue de la guerre 
pour conquérir le pouvoir politique. 

La guerre mondiale fit ressortir cette contradiction 
flagrante. Elle a dit aux peuples : « Vous appartenez, 
corps et âme, à vos patries. Mais les patries ne vous 
appartiennent pas. Leur sol, leurs richesses appartiennent 
aux minorités privilégiées. Faites-vous tuer pour la pa¬ 
trie. Mais la patrie ne vous fera pas vivre ». La révo¬ 
lution mondiale fera du globe une seule patrie, une et 
indivisible. Dans chaaue pays, tenant compte des parti- 








33 


cularités ethniques et linguistiques, elle assurera l’indé- 
pendance de chaque nation, de chaque race, de chaque 
continent qui, par une libre coopération, travailleront au 
progrès commun. 

Le capitalisme d’après-guerre c’est la paix armée, l’in¬ 
sécurité universelle, le triomphe de la barbarie natio¬ 
naliste, le protectionnisme, le chômage grandissant, la 
vie horriblement chère, la dévalorisation de la monnaie, 
la faillite des Etats, la menace de banqueroute univer¬ 
selle, l’atmosphère empoisonnée de haine et d’esprit im¬ 
périaliste, préludant à de nouveaux carnages gigantes¬ 
ques. 

Le communisme, c’est la paix. 

XI 

LE COMMUNISME A TRAVERS LES AGES 

Le communisme a existé, comme régime de fait, pen¬ 
dant des milliers d’années, chez la plupart des peuples. 
On considérait que la terre était le bien commun des 
familles ou des tribus comme l’air, comme le soleil. 
Actuellement encore, les vestiges de ce communisme 
primitif existe sur quelques points du globe. 

Mais le communisme primitif se distingue du commu¬ 
nisme moderne en ceci : le premier avait comme base 
l’égalité dans la pénurie ou dans la misère. Ses moyens 
de production étaient primitifs. Il dépendait plus des 
forces de la nature qu’il ne les dominait. 

Le communisme moderne, par contre, suppose un 
vaste développement des forces productives, un outillage 
mécanique, la grande production concentrée, une classe 
ouvrière consciente et organisée en parti politique de 
classe, en syndicats et en coopératives. L’organisation 






34 


solidaire du Parti, des syndicats et des coopératives est la 
condition nécessaire de la mise en train, avec l’aide de la 
science et de la technique, de ce formidable appareil pro¬ 
ductif. Le communisme moderne hérite du capitalisme sa 
base technique, ses ingénieurs, ses techniciens et les met 
au service de la communauté. Nous ne pouvons pas en¬ 
trer dans les détails de l’organisation communiste, qui 
d’ailleurs s’adaptera à des conditions locales et nationales 
extrêmement variées. 

Les leçons fécondes de la Révolution d’Octobre nous 
serviront grandement. Il suffit de dire que la grande 
production capitaliste prépare les conditions techniques 
les meilleures pour l’organisation nouvelle. La machine 
est bien montée. Il suffit de la faire marcher au profit 
de tous. 

La production est collective. Il faut que la propriété 
soit également collective : le prolétariat a mille moyens 
d’organiser l’administration, le contrôle et la répartition : 
comités d’usine, syndicats, coopératives et, avant tout, 
forme supérieure de la démocratie prolétarienne, les 
Soviets (Conseils des ouvriers, paysans et soldats). 

Le communisme est passé par deux périodes : 

1. La période utopique; 

2. La période scientifique. 

Le communisme de la période utopique ignore la lutte 
des classes. Il croit à la bonne volonté des classes domi¬ 
nantes. Il fait appel à la justice, à la raison, au bon sens. 
Il se met à la recherche d’un bon tyran, d’un roi philo¬ 
sophe pour réaliser, au nom de la philosophie, la Cité 
idéale. 

Parmi les communistes de la période utopique on 
compte le grand philosophe Platon (iv® siècle av. Jésus- 
Christ), Thomas Morus (1478-1535) et Campanella 
(1588-1639). 














35 


Au commencement du xix e siècle, nous voyons Saint- 
Simon, d’origine aristocratique, développer avec éclat, 
une nouvelle philosophie sociale qui mettait l’industrie 
et le travail à la base de la réforme sociale. Il avait 
comme but : « L’amélioration physique, intellectuelle et 
morale du plus grand nombre », c’est-à-dire de la classe 
des producteurs. 

Saint-Simon eut des disciples remarquables (Enfantin, 
Bazard et bien d’autres). Saint-Simon fut le précurseur 
du socialisme scientifique. Car il cherchait à baser sa 
réforme sociale sur l’évolution historique, sur le dévelop¬ 
pement des forces productives, sur des faits et non sur 
des rêves. L’avenir sort des entrailles du passé et du 
présent, comme l’enfant des entrailles de sa mère. Le 
capitalisme, avec toutes ses conséquences, engendre le 
socialisme. 

Parmi les autres précurseurs du socialisme moderne, 
il faut nommer : Robert Owen, le père de la coopéra¬ 
tion en Angleterre. Owen chercha à démontrer par des 
faits et des expériences sociales, cette vérité que le ca¬ 
ractère de l’homme est modifiable et change avec le mi¬ 
lieu, avec les institutions sociales. Pour transformer 
l’homme, il faut changer ses conditions d’existence. C’est 
l’évidence même. 

Le Français Charles Fourier et son école ont donné 
la critique géniale de notre société basée sur le gaspillage 
et la dispersion des efforts. 

Fourier demandait l’organisation harmonieuse de la 
société sur les bases de la coopération et du travail at¬ 
trayant. Il ne rejetait pas les passions humaines, mais 
cherchait à les utiliser pour donner à la vie une ampleur 
particulière. Il cherchait l’harmonie et l’économie du tra¬ 
vail humain. Le travail pénible, le travail-peine, est rem¬ 
placé chez Charles Fourier par le travail-joie. 

P.-J. Proudhon (1809-1865), représentant théori¬ 
que de la petite bourgeoisie, a débuté par une critique 









36 


impitoyable de la propriété capitaliste et de l’Etat. Tout 
en restant partisan des réformes utopiques, il annonce 
« la capacité politique de la classe ouvrière ». 

Louis Blanc dénonçait la concurrence et l’anarchie 
capitalistes et réclamait Inorganisation étatique du tra¬ 
vail. Il fut le premier socialiste à participer au pouvoir 
bourgeois et il a mal tourné en combattant, avec les 
Versaillais, la Commune de Paris en 1871. 

Avec le Manifeste du Parti communiste de Karl Marx 
et de Friedrich Engels (1847), commence une nouvelle 
période socialiste : celle du socialisme scientifique. Le 
socialisme scientifique est un socialisme de classe. Il a 
comme base théorique l’étude des forces productives, la 
connaissance de l’économie qui détermine les formes po¬ 
litiques et 1’ « idéologie » de la société. 

La lutte de classe du prolétariat est au centre de l’ac¬ 
tion. L’étude de la société capitaliste nous montre que 
de nouvelles forces productives préparent les bases tech¬ 
niques du régime communiste — la grande production 
mécanique — et la force révolutionnaire qui portera au 
capitalisme le coup mortel : le prolétariat 1 Le socia¬ 
lisme scientifique ne s’adresse pas à la bonne volonté 
des classes dominantes, mais à la conscience de classe 
du prolétariat révolutionnaire. 

Après Babeuf et Blanqui, la science marxiste préco¬ 
nise la conquête révolutionnaire du pouvoir politique et 
la dictature du prolétariat. 

Proudhon est le père de l’anarchisme. Appartiennent 
à cette école : Michel Bakounine, Pierre Kropotkine, 
Jean Grave, etc. Sous l’influence de Proudhon, Georges 
Sorel et F. Pelloutier fondent le syndicalisme « révolu¬ 
tionnaire » qui substitue le syndicat au Parti révolution¬ 
naire. Proudhon était anticommuniste. Marx a donné, 
dans sa Misère de la philosophie, une critique scienti¬ 
fique du proudhonisme. 
























37 


La première révolution prolétarienne victorieuse, la 
Révolution d'Octobre, se rattache, théoriquement et pra¬ 
tiquement, à la conception marxiste. C'est le prolétariat 
organisé dans le Parti bolchévik qui a la direction du 
mouvement. C'est grâce au marxisme que la Révolu¬ 
tion d'Octobre a pu surmonter tous les obstacles et 
construire victorieusement le socialisme. 

C'est sous la bannière marxiste que fut fondée la 
Première Internationale (1864). C’est en abandonnant le 
marxisme que la Deuxième Internationale, fondée en 
1889, a fait en 1914, une chute lamentable sous l’influen¬ 
ce du réformisme et du chauvinisme. Et c'est en faisant 
un retour décisif à la science marxiste que la Troisième 
Internationale, fondée par Lénine en 1919, mènera le 
prolétariat à la victoire définitive. 



























LE MARXISME EST-IL PÉRIMÉ? 

Sténographie de la conférence faite le i cr février 1933 
aux Causeries Populaires 

par Charles RAPPOPORT 


La théorie marxiste 

Camarades, 

La théorie marxiste est connue depuis longtemps. En 
1918, nous avons célébré le centenaire de la naissance 
de Karl Marx, né en 1818. Je me le rappelle d’autant 
plus que j’ai écrit l’article sur le centenaire de Marx 
à la Santé où j’avais, comme collègue de prison, 
M. Caillaux, l’auteur du mot à la mode : « Le marxisme 
est périmé ». Et comme de la Santé je ne pouvais pas 
signer un article pendant la guerre, je l’ai signé 
« l’Homme libre ! » 

Cette année, nous commémorons le cinquantenaire de 
la mort de Karl Marx, décédé le 14 mars 1883. 

Le marxisme n’est pas une théorie abstraite. C’est 
l’algèbre de la révolution. C’est la science du proléta¬ 
riat, classe vraiment révolutionnaire, comme l’a dit Marx 
et comme nous le voyons chaque jour dans la vie. 










40 


Il n'est pas étonnant que ceux qui ont quelque chose 
à conserver, et qui, par définition, sont conservateurs, 
ceux qui veulent maintenir le régime existant, combat¬ 
tent la théorie marxiste puisque Karl Marx dit au ré¬ 
gime capitaliste : « Frère, il faut mourir! » (Rires.) 
Et comme le régime actuel ferait plutôt disparaître toute 
l'humanité que de consentir à disparaître lui-même, il ne 
se passe pas une année sans qu'il y ait des littérateurs, 
de savants publicistes, académiciens ou autres, qui s'es¬ 
saient à réfuter Marx. C'est même devenu une spécialité 
en Allemagne où il y a toute une catégorie de gens qu'on 
appelle d'un nom allemand « Marxvernichter » qui veut 
dire « assassins de Marx », et où tous les ans on voit 
recommencer le même assassinat. C'est ainsi qu'il existe 
sur le marxisme toute une littérature qui, par son am¬ 
pleur, je ne dis pas par sa valeur, dépassera bientôt tout 
ce qu'on a écrit sur Shakespeare, Goethe ou Kant, les 
trois hommes sur lesquels on a le plus écrit. 

Lés attaques contre Marx ne nous étonnent pas. 
Marx n'a jamais été autant d'actualité, jamais les idées 
marxistes n'ont été aussi vivantes qu'aujourd’hui. Je 
ferai cet exposé du marxisme sans passion, objective¬ 
ment, parce que Marx le mérite, ayant été un penseur 
objectif. 

Il y a deux choses dans Marx : il y a sa méthode et 
il y a ses théories. 

Nous allons voir d'abord si la méthode est « péri¬ 
mée ». 

La méthode de Marx 

La méthode de Marx est avant tout la méthode maté¬ 
rialiste, Marx était l'ennemi du verbalisme, même du 
verbalisme prétendu révolutionnaire. Il était contre tous 
ceux qui, comme disait le spirituel Alexandre Hertzen 
en parlant de son ami Bakounine, ont tort « de prendre 

















41 


le deuxième mois de grossesse pour le neuvième ». Ré¬ 
sultat : fausse couche! Il était contre les émigrés qui 
après l’échec de la révolution de 1848, voulaient le plus 
tôt possible recommencer la révolution. Pour que la ré¬ 
volution triomphe, il faut les conditions matérielles né¬ 
cessaires pour en assurer la victoire. Il était l’adversaire 
de ceux qui, sous prétexte d’aller vite, pour descendre du 
sixième étage sautent dans le vide au lieu de prendre 
l’escalier. Evidemment, c’est une méthode pour aller vite. 
On arrive plus tôt, mais dans quel état ! 

Marx appliquait la méthode matérialiste. Il étudiait 
avant tout la réalité, les conditions matérielles de la vie 
sociale. Il était en même temps dialecticien. Cela veut 
dire qu’il reconnaissait qu’il faut chercher dans chaque 
régime les éléments destructifs de ce régime, qui se dé¬ 
veloppent à l’intérieur même de ce régime, ainsi que les 
éléments constructifs du régime nouveau. On peut dire 
que chaque régime existant porte dans ses entrailles le 
régime nouveau, comme la mère porte l’enfant. 

Et si Marx et ses partisans donnent au socialisme le 
qualificatif de « scientifique », c’est parce qu’ils ont 
trouvé dans la société capitaliste, dans le régime écono¬ 
mique existant, aussi bien les éléments destructifs de ce 
régime que les éléments constructifs du nouveau régime. 

La méthode marxiste est basée sur l’idée de l’évolution 
aboutissant à la révolution. Or, l’idée d’évolution est à 
la base de toutes les sciences et de toutes les conceptions 
modernes, avec cette différence que les évolutionnistes à 
la Spencer, arrêtent la loi de l’évolution au seuil du ré¬ 
gime actuel : tout évolue, sauf le capitalisme ; la loi de 
l’évolution doit respectueusement s’écarter de la Banque 
de France et des autres banques; là, elle perd son auto¬ 
rité; elle cesse d’être applicable : tout évolue, sauf la 
propriété et le mode de production capitalistes. Marx, au 
contraire, avec une logique implacable disait « Non! Si 







42 


tout change, si tout se transforme, il n’y a pas de rai¬ 
son pour que le capitalisme et son mode de production 
restent au stade qu’ils ont atteint ; il ny a pas de raison 
pour que l’évolution historique s’arrête au stade capita¬ 
liste. » 

Est-ce qu’il faut revenir au dogme de l’invariabilité 
des espèces, de la stagnation de tout ce qui existe, à la 
vieille géologie, à la vieille astronomie? L’astronomie 
moderne, la géologie moderne, démontrent que les co¬ 
mètes et les planètes se sont développées graduellement 
et que la terre est passée par divers stades. 

Marx est d’accord avec la théorie moderne de l’évo¬ 
lution qui n’exclut pas le passage rapide de l’évolution 
à la révolution : la théorie de l’évolution de nos jours 
admet avec de Vriès les passages brusques, « les sauts » 
dans la marche régulière » des choses... 

Marx n’oppose jamais évolution à révolution. Ainsi, 
l’enfant, qui se développe dans les entrailles de la mère, 
vient au monde avec des déchirements sanglants. Jaurès 
a cherché en vain à persuader la bourgeoisie qu’on pou¬ 
vait aller au Maroc par voie de « pénétration pacifi¬ 
que ». Malgré sa bonne volonté, sa puissance de per¬ 
suasion et son honnêteté, il n’a pas pu faire triompher 
cette idée de « pénétration pacifique ». Vous savez que 
nous sommes encore en guerre au Maroc... {Applaudis¬ 
sements.) 

Or, selon la méthode marxiste, selon la dialectique de 
Marx, il ne faut pas opposer évolution à révolution. 

Est-ce que ces idées sont périmées? Est-ce qu’il faut 
retourner au verbalisme idéaliste? Francis Bacon, un des 
fondateurs de la philosophie moderne, a dit qu’il y a 
deux sources de vérité : il y a la méthode des abeilles, 
tributaires de la matière environnante, des plantes et des 
fleurs où elles puisent leur miel; et il y a la méthode 

















43 


des araignées qui tirent tout de leur propre substance. 
Les idéalistes « ont une araignée dans la tête », c’est- 
à-dire qu’ils tirent tout de leur tête, ce qui les entraîne 
à prendre des mots pour des réalités. 

A notre époque, on abuse beaucoup des grands mots. 
Pendant la guerre, on a sorti tout le bagage idéaliste. 
On nous a dit chaque jour que ceux qui partaient sur le 
front allaient se battre pour « la justice », pour « le 
droit », pour « la civilisation »... On continue à faire 
cet abus de grands mots idéalistes qui sont vides de 
sens dans la société actuelle. Cet abus a si peu cessé 
que, hier encore, il y avait à la salle Wagram une réu¬ 
nion des petits et moyens propriétaires, organisée par la 
réaction. Au nom de quels principes s’est-on élevé corn 
tre les revendications socialistes et démocratiques? C’est 
au nom de Végalité devant l’impôt, c’est au nom des 
droits de l’homme que les riches demandent à payer 
autant que les pauvres. Rothschild autant que Rappo- 
port! ( Rires et applaudissements .) 

En effet, au nom des droits de l’homme et du ci¬ 
toyen il faut que le pauvre paie autant que le riche. 
C’est cette égalité qu’on propose. Et ce sont là des cho¬ 
ses vivantes de tous les jours, d’aujourd’hui, d’hier, 
d’avant-hier. Alors, allez-vous faire à Marx le repro¬ 
che de n’avoir pas eu confiance dans les mots dont on 
fait un si grand abus, d’avoir regardé la réalité en face ? 
Ferdinand Lassalle a dit : « dire ce qui existe, c’est 
déjà un fait révolutionnaire » parce que la réalité tra¬ 
vaille pour nous, parce qu’elle contient des éléments ex¬ 
plosifs, parce que l’histoire contient de la dynamite, des 
forces vraiment révolutionnaires qui font sauter les 
vieux régimes « périmés »... 

Donc, au point de vue de la méthode, le marxisme 
ne peut être considéré comme « périmé ». Elle procède 
des idées les plus modernes: mouvement, transforma¬ 
tion, évolution, révolution. 









44 


Marx avait horreur du vide, de l’abstrait, des mots qui 
peuvent s’appliquer à tout et qui n’expliquent rien, des 
grands mots qu’on cherche à exploiter pour cacher de 
petites choses, ou même des choses abominables. 

La lutte de classes 

La base sociale de la théorie marxiste, c’est la 
lutte de classes. Marx ne s’est pas contenté, comme les 
sociologues bourgeois de cette banalité qui consiste à 
constater que la société se compose d’individus et non 
de pommes de terre {Rires). Il a dit : Non, ce ne sont 
pas les individus qu’il faut étudier dans la société, ni 
leurs besoins; ce qu’il faut étudier, ce sont les classes. 
Quand vous regardez quelqu’un dans la rue et que vous 
demandez qui est-ce ? Si on vous répond : c’est un 
homme, vous direz : c’est une mauvaise plaisanterie, et 
vous n’aurez aucune idée de celui que vous aurez ren¬ 
contré. Mais si on vous dit : c’est un homme sans tra¬ 
vail, c’est un chômeur, alors cela devient clair, vous 
êtes renseigné; si on vous dit : c’est Ford, ou Citroën 
{Rires), immédiatement vous savez à qui vous avez à 
faire. {Applaudissements.) 

On nie encore l’existence des classes. Le Temps, 
dans ses articles de tête — de tête vide — dit : Vous 
nous parlez de classes, mais c’est périmé, la Révolution 
française a passé par là, elle a supprimé les classes ; tous 
les hommes sont égaux : Félix Faure a pu devenir Pré¬ 
sident de la République; rien ne vous empêche de le 
devenir vous-même ; rien n’est inscrit dans le Code pour 
vous l’interdire, donc les classes sont supprimées. 

Le Temps oublie jusqu’aux classes des chemins 
de fer {Rires). Il oublie aussi qu’il y a à Paris même 
des quartiers de classe et que, par exemple, dans celui 
que j’habite, et qui s’appelle par ironie le quartier de 











45 


la Santé, la mortalité est plusieurs fois plus grande que 
dans les quartiers des classes riches. Il y a même des 
enterrements de classes, et c’est ainsi que nous promet¬ 
tons au régime capitaliste un enterrement de première 
classe. (Applaudissements.) 

En face des événements qui se sont passés depuis la 
guerre, c’est une plaisanterie macabre que de dire qu’il 
n’existe pas de lutte de classes. 

On voit dans chaque pays une classe ouvrière orga¬ 
nisée; on voit aussi surgir le fascisme. Si l’on appro¬ 
fondit les choses, qu’est-ce que cela signifie? C’est la 
lutte de classes à son plus haut degré. Les classes do¬ 
minantes ont appris quelque chose de Marx, et surtout 
de la pratique de la lutte de classes par la classe ouvrière 
révolutionnaire. 

Tant que les gouvernements étaient les gendarmes, les 
gardiens de la paix sociale, les chiens de garde de la 
propriété et du régime, on se contentait de charger 
l’Etat bourgeois de la défense de classe. Mais mainte¬ 
nant, quand, par l’évolution des esprits, par les crises 
permanentes, on voit que l’Etat peut être menacé sous 
la pression des masses, ou être mis dans l’impossibilité 
d’appliquer rigoureusement sa répression contre les nou¬ 
velles forces qui se lèvent, alors les classes dominantes, 
en attirant les inconscients des classes moyennes ou de 
la classe ouvrière, leur donnent des mots d’ordre soi- 
disant anticapitalistes, crient contre les capitalistes, con¬ 
tre les banquiers — en ajoutant « juifs » — et s’orga¬ 
nisent d’une façon grossièrement démagogique. C’est la 
défense de classe, c’est la stratégie de classe, c’est ajou¬ 
ter des forces nouvelles de répression terroriste aux for¬ 
ces régulières de l’Etat capitaliste. C’est la lutte de clas¬ 
ses sous sa forme la plus violente. Est-ce qu’on peut 
maintenant nier la lutte de classes? Est-ce qu’on peut 
nier les revendications de classe? 











46 


Marx constate ce fait historique. Il n’est pas d’ail¬ 
leurs le premier qui l’ait constaté. Guizot, le grand his¬ 
torien contemporain de Marx, a expliqué le développe¬ 
ment de la monarchie française par la lutte de classes. 
C’est le monarque qui s’est appuyé sur la classe bour¬ 
geoise pour diminuer l’influence de la noblesse. 

Essayez de comprendre l’histoire moderne et d’expli¬ 
quer sans l’idée de lutte de classes ce qui se passe au¬ 
jourd’hui en Angleterre, en Russie, en France, en Ita¬ 
lie : vous n’y arriverez pas. C’est le facteur indispen¬ 
sable de compréhension de l’histoire. 

Même nos adversaires commencent à parler de clas¬ 
ses. Les mots « classe », « régime capitaliste » étaient 
autrefois bannis comme absurdes, ainsi que le disaient 
les économistes et théoriciens bourgeois. Ils les considé¬ 
raient comme une exagération des socialistes. Mainte¬ 
nant, tout le monde parle de régime capitaliste ou de 
capitalisme, et les fascistes sont obligés de se déclarer 
parti anticapitaliste. 


L’économie poiitique marxiste 

Passons maintenant à l’êconomie politique marxiste . 

Marx ne commençait pas son traité d’économie poli¬ 
tique par des banalités comme : Tout le monde, pour 
se nourrir, se vêtir, etc., a besoin de produire... Non. 
Marx commence par définir la marchandise, la société 
capitaliste, par expliquer la loi de la valeur des mar¬ 
chandises, parce que la richesse de notre régime se 
compose non de biens destinés à satisfaire nos besoins, 
mais de marchandises, c’est-à-dire de biens destinés à 
enrichir une classe déterminée. Marx examine donc 
quelles sont les lois déterminant la valeur de ces mar¬ 
chandises. C’est le travail. En cela, il est d’accord avec 





















47 


les grands économistes classiques. Mais Marx précise 
que ce n’est pas le travail tout court qui détermine la 
valeur des marchandises. Si vous vous amusez à trans¬ 
porter sur votre dos un sac de farine de Marseille à 
Paris, sans passer par le chemin de fer, votre travail 
sera un travail inutile et n'ajoutera rien à la valeur de 
la farine. Il faut, pour que le travail détermine la va’eur 
d’un produit, que ce travail soit accompli dans des con¬ 
ditions techniques normales. La théorie de la valeur con¬ 
duit à la théorie de la plus-value par laquelle Marx dé¬ 
montre que le profit capitaliste se compose du travail 
non payé par le capitaliste, de l’exploitation de « la mar¬ 
chandise » qui s’appelle « force de travail ». 

Marx, dans son analyse du régime capitaliste, for¬ 
mule la théorie de la concentration capitaliste, de l’ex¬ 
propriation et de la disparition graduelle des classes 
moyennes. 

Est-ce que ces idées sont périmées? Est-ce que Cail- 
laux peut contester la concentration capitaliste? Est-ce 
que les trusts ne sont pas des formes modernes de l’éco¬ 
nomie capitaliste ? et toutes ces forces capitalistes ne 
sont-elles pas autant de confirmations de la loi de la 
concentration capitaliste? Le pays le plus capitaliste du 
monde, les Etats-Unis, n’est-il pas dominé par des ma¬ 
gnats du capitalisme comme disait Marx, par ceux qu’on 
appelle « les rois » : rois du pétrole, des chemins de fer, 
de l’automobile. Il y a même les rois du cochon ou du 
bifteck à Chicago. Ce sont de véritables monopoles de 
toutes les richesses matérielles. Ce sont les grands maî¬ 
tres qui dominent cet immense pays. 

En France, il y a encore une masse de petits proprié¬ 
taires. Mais quand on examine les chose de près, on voit 
qu’il y a, par exemple, six grandes banques qui domi¬ 
nent tous les marchés et même qui dominent l’Etat. On 
ne peut donc pas contester, à notre époque de milliar- 













48 


daires, de grandes banques, de grands magasins, de 
grand commerce, la loi de la concentration capitaliste. 

Le réformiste Bernstein, a voulu démontrer que les 
classes moyennes existent. Il a ramassé tous les livrets 
de caisse d’épargne de toutes les bonnes pour dire qu’il 
y a encore là de petits capitalistes. Mais Marx n’a ja¬ 
mais prétendu que le fait de posséder mille ou dix mille 
francs, c’est être capitaliste! Pour être capitaliste, selon 
la définition de Marx, il faut employer les instruments 
de production pour exploiter le travail des autres et pou¬ 
voir vivre sans travailler. Ce n’est pas le cas d’une bonne 
à tout faire. 

Je crois que Caillaux n’a pas lu Marx, tout en décla¬ 
rant le marxisme périmé. Ce qui est périmé, c’est cette 
méthode qui consiste à réfuter un grand penseur sans le 
lire. Bernstein connaissait Marx, il mettait en avant 
l’argument des sociétés par actions en disant : Il n’y a 
pas de concentration capitaliste puisqu’il y a tant et tant 
de millions d’actionnaires. Il n’oubliait que de nous ex¬ 
pliquer le mécanisme des sociétés anonymes, où celui 
qui possède le plus gros paquet d’actions est le vérita¬ 
ble maître de la société anonyme, tandis que les autres 
ne sont que des figurants. (Applaudissements .) 

Partout, c’est la même chose. Et quand arrive une 
crise, quand tous les petits « capitalistes » sont balayés, 
il ne reste que celui qui possède le plus gros paquet; et 
s’il manque quelquefois d'argent, l’Etat capitaliste vient 
à son secours, comme nous l’avons vu récemment. (Ap¬ 
plaudissements.) 

Est-ce qu’à notre époque, depuis la guerre notam¬ 
ment, la disparition des classes moyennes est discutable? 
Nous le constatons dans tous les pays. Les partis radi¬ 
caux ou démocratiques en Angleterre, en France, en 
Allemagne sont les représentants, les chargés d’affaires 












49 


des classes moyennes. Si ces classes étaient florissantes, 
elles domineraient toutes les autres, tandis que nous 
voyons le Parti libéral anglais, avec Lloyd George, ré¬ 
duit à l’impuissance. En Allemagne, les démocrates ont 
disparu. On ne voit plus que deux blocs en présence: 
le bloc bourgeois réactionnaire d’un côté, et le bloc révo¬ 
lutionnaire du prolétariat de l’autre. En France, les élec¬ 
tions de mai 1932 ont envoyé les gauches en majorité 
totale? Elles capitulent sans combat devant la réaction 
bourgeoise. C’est toujours le mur d’argent, c’est tou¬ 
jours les grandes puissances capitalistes qui ont le der¬ 
nier mot dans les formations ministérielles. 

On a publié côte à côte le portrait de Daladier et ce¬ 
lui de Mussolini pour montrer leur ressemblance. Mais 
ces Mussolini de la démocratie, quand les socialistes leur 
ont proposé, non pas le programme socialiste mais le 
minimum du programme radical, ces hommes n’ont pu 
l'accepter. Daladier s’est plaint, il a presque pleuré, et 
en face du mur d’argent s’est dressé un mur de lamen¬ 
tations... (.A pplaudissements.) 

Marx a parlé de l’anarchie de la production capita¬ 
liste. N’est-elle pas démontrée par le café du Brésil jeté 
à la mer ou par le blé dont on a chauffé les locomotives? 
Au Brésil on jette des centaines de milliers de quintaux 
de café dans l’Océan. Il a même fallu dépenser beau¬ 
coup d’argent pour cela et ne doit-on pas reconnaître 
comme vraie l’analyse de Marx qui démontrait que les 
capitalistes sont condamnés à l’anarchie parce qu’ils ne 
produisent que pour le profit, pour un marché indéter¬ 
miné. Allez déterminer l’extension de la clientèle mon¬ 
diale ! On a dit que les capitalistes étaient assez intel¬ 
ligents pour pouvoir, avec leurs savants, leurs publi¬ 
cistes, leurs experts, déterminer le volume du marché 
mondial. Mais est-ce qu’on a pu le faire? Est-ce que la 
plus grande crise des dernières années ne s’est pas pro- 


















50 


duite justement dans les pays des trusts. C’est précisé¬ 
ment en Amérique, pays des trusts colossaux, que la 
crise a été la plus colossale. 

Cela prouve que le capitalisme ne peut sortir de l’anar¬ 
chie. Il produit l’abondance. Mais en face, il y a 30 mil¬ 
lions de chômeurs, chiffre donné par la Société des na¬ 
tions, qui n’est pas encore communiste. (Rires.) Avec 
leurs familles, cela représente une population de 120 mil¬ 
lions au moins. Le chômage n’est-il pas le produit du 
capitalisme ? Ce phénomène a été démontré avec une ad¬ 
mirable précision par Marx quand il traçait le tableau 
de ces immenses richesses créées par la technique mo¬ 
derne en face d’une armée de réserve de sans-travail 
crevant de faim à côté de magasins regorgeant de mar¬ 
chandises. (Applaudissements.) Est-ce que par hasard 
cette théorie de la crise du capitalisme est une théorie 
périmée ? Il faut être de mauvaise foi ou ignorant com¬ 
me un académicien pour l’affirmer. (Rires et applaudis¬ 
sements.) 

Un grand nombre d’Américains ont découvert en 
Amérique la technocratie. Ils ont démontré,avec de nom¬ 
breuses données statistiques, les merveilles de la techni¬ 
que. On peut faire travailler une usine pendant vingt- 
quatre heures sans un seul ouvrier et augmenter de 4.000 
fois la productivité de certains travaux. Mais Marx, pré¬ 
cisément, citait souvent le mot d’Aristote —le plus grand 
penseur de l’antiquité — qui, pour justifier l’esclavage, 
disait : « Si on avait inventé des machines à tisser et 
à faire certains travaux, on aurait pu se passer de l’es¬ 
clavage ». Marx aimait à citer ce mot pour montrer que 
nous avons réalisé l’idée géniale d’Aristote. Nous avons 
de véritables merveilles de productivité ; nous avons des 
machines à tout faire, nous avons d’admirables machi¬ 
nes, c’est un héritage capitaliste que nous ne repoussons 
pas. Marx a même fait l’éloge de la mission historique 











51 


accomplie par la bourgeoisie, qui a fait surgir des vil¬ 
les géantes et créé la production mécanique moderne. Il 
a écrit cela en 1847. S’il avait vu les miracles actuels de 
la production, qu’est-ce qu’il aurait dit ! Mais nous avons 
constaté que ces merveilles techniques, ces admirables 
machines, au lieu de créer le bonheur social et indivi¬ 
duel ne servent qu’à une catégorie de privilégiés et se 
dressent contre les ouvriers. Chaque nouvelle machine 
représente une nouvelle hécatombe de travailleurs, des 
milliers d’ouvriers jetés sur le pavé, sans travail. (. Ap¬ 
plaudissements .) 

La rationalisation capitaliste, c’est le rationnement du 
prolétariat. Plus la société capitaliste est rationalisée, 
moins vous avez de moyens d’existence. C’est la confir¬ 
mation de la dialectique de K. Marx qui a démontré que 
toute société périt de ses propres contradictions. Il a 
consacré sa vie à l’étude des contradictions inhérentes au 
régime capitaliste, des abus que le régime engendre fa¬ 
talement. Et il ne suffit pas de détruire ces abus, comme 
disent les ignorants, c’est la source même de ces abus 
qu’il s’agit de détruire : le régime capitaliste ! 

Marx a démontré que toutes ces contradictions so¬ 
ciales sont inhérentes au mode de production capitaliste, 
au fait que les moyens de production sont monopolisés 
par une oligarchie, concentrés entre les mains d’une mi¬ 
norité qui s’enrichit tandis que la majorité, la classe 
ouvrière, ne peut vivre qu’en vendant sa force de tra¬ 
vail à ces propriétaires des moyens de production. 

C’est cela que Marx a constaté. Est-ce que ce n’est 
pas vrai ? Est-ce qu’il y a d’autres moyens de combattre 
la crise sans détruire les causes mêmes de la crise ? Or, 
que disent les technocrates ? Ils veulent garder le régime 
capitaliste, la propriété capitaliste, donc les causes mê¬ 
mes de la crise, la base même, la source même des con¬ 
tradictions du régime, et en même temps ils prétendent 









52 


vouloir en supprimer les conséquences. Mais que se pas¬ 
sera-t-il si les technocrates deviennent les maîtres? Ce 
sera l’économie organisée ou coordonnée, mais elle sera 
subordonnée aux intérêts capitalistes. A la tête de la 
société, et, à la place des capitalistes, ce seront les grands 
ingénieurs, les grands techniciens qui domineront, mais 
toujours en vue de l’exploitation, parce que, du moment 
que vous laissez les prolétaires dans leur état, dans leur 
situation d’hommes privés d’instruments de travail, ils 
seront fatalement esclaves, que ce soit de Ford ou de 
ses ingénieurs. [1 n’y aura rien de changé. Au lieu de 
la ploutocratie, ce sera la technocratie. 

D’ailleurs, Saint-Simon a devancé les technocrates 
dans une fameuse parabole qui lui a même valu des 
poursuites judiciaires II a dit : les rois, les parents des 
rois, les généraux, les ministres, tout cela peut dispa¬ 
raître, la société ne disparaîtra pas. Mais les techni¬ 
ciens, c’est une autre affaire. Il a reconnu la valeur des 
ingénieurs, des architectes, des médecins. Ce n’est pas 
nouveau. C’est, je le répète, l’Amérique découverte en 
Amérique par les Américains. Mais au lieu de partir 
d’une prémisse exacte et de voir la raison profonde de 
cette anarchie capitaliste, de cette contradiction entre le 
progrès technique et la misère sociale, les « techno¬ 
crates » se bouchent les oreilles et se ferment les yeux 
pour pouvoir conserver k régime d’exploitation de 
l’homme par l’homme. 

La politique marxiste 

Je passe maintenant au dernier chapitre : la politique 
marxiste. 

Marx, se basant sur l’analyse de la société capitaliste 
ne s’adresse pas à toutes les bonnes volontés, à tous les 
intérêts prétendus généraux. Comme il base sa sociolo- 





















53 


gie sur l'existence de classes opposées les unes aux au¬ 
tres, ayant des intérêts antagonistes, il a compris que 
parmi toutes ces classes celle du prolétariat est la seule 
classe révolutionnaire. C’est logique. N’ayant rien à con¬ 
server, elle n’a pas d’intérêt à être conservatrice. Elle n’a 
que sa force de travail. C’est donc une classe révolu¬ 
tionnaire. Elle n’a que ses chaînes à perdre et tout un 
monde à gagner, dit Marx à la fin de son Manifeste. 
Comment voulez-vous que les capitalistes soient révolu¬ 
tionnaires? Avez-vous connu des capitalistes demandant 
des courtes journées et des hauts salaires? (Rires.) Ja¬ 
mais la classe capitaliste ne déclarera qu’elle veut sup¬ 
primer sa propriété. Il peut y avoir de rares exceptions 
confirmant la règle, mais jamais une classe ne s’est sui¬ 
cidée. 

Marx l’a compris, tandis que les utopistes comme 
Charles Fourier cherchaient à persuader la bourgeoisie 
d’être intelligente et d’organiser l’harmonie, la coopéra¬ 
tion sociales. D’autres, comme Robert Owen, qui a sa¬ 
crifié des millions pour la réforme sociale, adressaient 
sincèrement et de bonne foi des lettres, des suppliques 
au congrès où les monarques étaient réunis, pour pren¬ 
dre des mesures contre-révolutionnaires. Il cherchait à 
persuader ces monarques qu’en adoptant son projet on 
pourrait faire l’économie d’une révolution. Il cherchait 
à persuader les loups de ne pas manger les moutons. 
Naturellement, on se moquait de lui et ses suppliques 
sont restées sans conséquences... 

Marx n’était pas contre l’action politique. Il n’oppo¬ 
sait pas le syndicalisme, l’action économique de la classe 
ouvrière à son action politique. Il comprenait bien le 
rôle de l’Etat qu’il définissait ainsi : l’Etat, c’est un 
conseil d’administration des classes dominantes réuni 
pour opprimer les classes exploitées, les classes dépos¬ 
sédées. Il ajoutait : il faut détruire cette force, don- 










54 


lions le pouvoir au prolétariat — c’est ce qu’on appelle 
la dictature du prolétariat, donnons le pouvoir d’Etat au 
prolétariat afin de supprimer les inégalités ou plutôt 
d’enlever aux oligarchies capitalistes le monopole des 
moyens de production. Selon lui, il faut supprimer la 
domination des classes possédantes, exproprier les pro¬ 
priétaires. Et par quels moyens, sinon par la révolution? 

C’est de Marx que date le mot de « crétinisme par¬ 
lementaire ». Marx n’était pourtant pas contre l’action 
parlementaire. Mais il appelait « crétinisme parlemen¬ 
taire » l’action de ceux qui croyaient pouvoir réaliser 
ainsi la transformation sociale. Maintenant, le crétinisme 
parlementaire s’est doublé du crétinisme ministérialiste. 

On croit qu’avec de bons ministres on peut transfor¬ 
mer la société. Marx le niait. Et l’un des plus grands 
crimes de la social-démocratie allemande est d’avoir cru 
qu’à l’aide du « crétinisme parlementaire » et de la par¬ 
ticipation à l’Etat bourgeois, on pouvait changer le ré¬ 
gime social. Or, vous savez dans quel état se trouve ac¬ 
tuellement l’Allemagne d’Hitler. (. Applaudissements .) 

Est-ce que ce n’est pas de l’actualité? Est-ce que l’idée 
de la conquête du pouvoir par la force révolutionnaire est 
une idée périmée? Jamais un peuple, jamais une classe 
n’obtient sa libération à genoux. Il faut se mettre de¬ 
bout, lutter, verser son sang si on veut aboutir à son 
émancipation. (Applaudissements.) Ce n’est pas en s’ap¬ 
puyant seulement sur des millions de voix qu’on peut 
faire l’économie d’une révolution. En 1904, à Amster¬ 
dam, Bebel se dressait contre la participation ministé¬ 
rielle que soutenaient les réformistes et demandait qu’on 
déclare la classe ouvrière « parti de révolution ». Mais 
quand il s’agissait de définir la révolution, c’était une 
autre affaire. Il disait au même congrès : Nous augmen¬ 
tons nos voix par millions; quand nous aurons la ma¬ 
jorité, la bourgeoisie sera noyée, ce sera un îlot dans un 





















55 


océan. Nous voyons aujourd'hui « l'ilot » dans la per¬ 
sonne de Hitler et ses sicaires. {Applaudissements .) 

Marx n'a jamais, dans toute son œuvre, employé la 
phraséologie révolutionnaire. La révolution chez Marx 
est comme un feu souterrain qui couve sous ses théories. 
Il a examiné les facteurs révolutionnaires sans chercher 
des phrases révolutionnaires. C'est la spécialité de cer¬ 
taines catégories de gens. Ce n'est pas celle de Marx qui 
ne s’est préoccupé que de constater les faits, ce qui 
suffit pour en faire ressortir les conclusions logiques : 
organiser la classe ouvrière avec cette conscience qu'elle 
est une classe révolutionnaire, qu'elle n'est pas une 
classe pour négocier, mais une classe pour combattre, 
comme disait Jules Guesde. Alors, soit dit en passant, 
on ne devient pas ministre d'Etat, c'est-à-dire membre 
du conseil d’administration des classes dominantes. Com¬ 
ment ! Vous voulez entrer dans ce conseil d'administra¬ 
tion pour assurer les affaires courantes de la bourgeoisie ? 
Comment, pour vous donner un autre exemple de la col¬ 
laboration de classes, comment, dis-je, Blum peut-il 
déclarer dans ses discours et articles que nous n’avons 
aucun intérêt à la faillite du régime bourgeois ? Ce¬ 
pendant, Mirabeau lui-même, ce révolutionnaire bour¬ 
geois sorti de la noblesse, avait compris que la faillite 
de la noblesse était une faillite nécessaire pour l'avène¬ 
ment de la bourgeoisie. Et nous ne comprendrions pas 
que la déconfiture du capitalisme puisse servir le prolé¬ 
tariat ! Notre devoir, notre « mission » historique n'est 
pas, selon Marx, de sauver le capitalisme de la faillite 
d'ailleurs inévitable, mais d'organiser et développer la 
conscience de classe du prolétariat. 

Oui, il y aura des souffrances; mais est-ce qu'avec 
la guerre qui se prépare il n'y en aura pas davan¬ 
tage ? Est-ce qu'on ne nous menace pas d'une guerre 
d'extermination ? Est-ce que les réformistes aussi 
bien que les révolutionnaires ne disparaîtront pas dans 










56 


la tourmente ? Pouvons-nous avoir confiance dans les 
palabres des pacifistes de Genève? Est-ce que tout cela 
na pas fait faillite? 

Marx l’a prévu en déclarant que le capitalisme est 
à la base de toutes les guerres modernes, et Lénine, à 
son tour, a démontré qu’en période impérialiste les guer¬ 
res sont inévitables. Nous n’avons qu’à constater les 
faits qui se passent devant nous. Nous voyons l’impuis¬ 
sance de la Société des nations. Malgré la confiance 
qu’on avait pu mettre au début en la Société des nations, 
elle n’a pas pu empêcher la guerre en Orient; et si 
demain l’Allemagne, se fiant aux procédés chimiques si 
développés chez elle, veut occuper le corridor polonais 
et faire surgir une guerre, est-ce que la Société des na¬ 
tions pourra l’empêcher? 

Le marxisme n’est pas périmé 

Marx a dressé son économie contre l’économie clas¬ 
sique de la bourgeoisie. Quel était le principe directeur, 
fondamental, de l’économie bourgeoise? C’était : « lais¬ 
sez faire, laissez passer » ! Mais est-ce qu’il y a quel¬ 
qu’un encore dans le monde qui puisse accepter ce prin¬ 
cipe et admettre qu’on dise : laissez faire la guerre, 
laissez passer la misère? Est-ce que l’individualisme n’a 
pas fait faillite? 

Il y a la théorie des élites, adoptée par M. Caillaux, 
l’auteur du mot « Le marxisme est périmé ». Les élites, 
c’est naturellement M. Caillaux et ses amis. Nous, nous 
disons : 11 y a une autre élite, c’est la classe ouvrière, 
qui commence à penser, à s’organiser, à devenir une 
force mondiale. Nous avons déjà l’exemple de l’U.R.S.S., 
et je demande à mes contradicteurs quel a été le socio¬ 
logue ou l’homme d’Etat ou l’historien qui a prévu 
l’avènement du prolétariat et le rôle historique qu’il joue 
en ce moment ? 



















57 


Marx et Engels ont prévu ce rôle historique du pro¬ 
létariat, et c’était d’autant plus difficile qu’en 1847 le 
prolétariat n’existait que comme fait social, mais non 
encore comme organisation consciente de son but histo¬ 
rique : la suppression du capitalisme. Marx et Engels 
n’avaient vu que les débuts de la classe ouvrière, mais 
grâce à leur analyse géniale, à leur méthode matérialiste 
dialectique ils ont prévu le rôle historique du prolétariat. 

On peut critiquer les difficultés d’un pays représen¬ 
tant la sixième partie du globe et boycotté par tous les 
autres. Mais il y a là un fait qui existe, c’est que le 
prolétariat a conquis le pouvoir, qu’il le tient bien et 
qu’il édifie victorieusement le socialisme. ( Applaudisse¬ 
ments.) 

Est-ce que le rôle historique du prolétariat est périmé? 
Non, le marxisme n’est pas périmé. Il est vivant, et il 
vivra partout! (Vifs applaudissements.) 


























TABLE DES MATIERES 


Pages 

Préface a la quatrième édition . 3 

Préface a la cinquième édition . 6 

Précis du communisme. 

I. — L’homme est un être social . 9 

IL — Notre société est une société de classes 10 

III. — Le pouvoir économique entraîne le 

pouvoir politique . 11 

IV. — La conquête du pouvoir. 13 

V. — La victoire du communisme . 15 

VI. — Ce que disent nos adversaires. 19 

VIL — Le communisme et la révolution .... 26 

VIII. — Le communisme et les paysans .... 28 

IX. — Le communisme et la science . 29 

X. — Le communisme et la paix . 30 

XI. — Le communisme à travers les âges . . 33 

Le marxisme est-il périmé? 

La théorie marxiste. 39 

La méthode de Marx . 40 

La lutte de classes. 44 

L’économie politique marxiste .. 46 

La politique marxiste . 52 

Le marxisme n’est pas périmé. 56 


ï 







































à nos amis, à nos lecteurs 


Depuis sa création, le B.E. a fourni un effort qui 
a porté ses fruits dans l’éveil de la conscience proléta¬ 
rienne. 

Les diverses collections publiées par nous, sont ré¬ 
pandues à des centaines de milliers d’exemplaires. 

Nous pourrions faire davantage, mais vous n’igno¬ 
rez pas qu’un petit tirage, avec une vente et une diffu¬ 
sion médiocres, comporte des prix élevés. 

Le bouillonnage (les invendus) écrase littérale¬ 
ment une entreprise populaire d’éditions comme la 
nôtre. 

Notre ambition est de faire connaître à tous les tra¬ 
vailleurs français les œuvres classiques du marxisme. 

Vous pouvez nous aider dans cette tâche : 

1 ° en formant votre propre bibliothèque de toutes les 
publications qui vous intéressent; 

(Une bibliothèque, dans un foyer, constitue une vé¬ 
ritable richesse.) 

2 ° en faisant acheter par vos amis et connaissances 
les livres qui les intéressent; 

3 ° en commandant des brochures par 10 , 20 , 50 
ou 100 exemplaires (suivant les modalités décrites au 
verso) et en les plaçant autour de vous; 

4 ° en nous signalant les noms et adresses des ca¬ 
marades susceptibles de faire ce colportage volontaire, 
des amateurs ou des professionnels; 

5 ° en nous signalant les libraires et les dépositai¬ 
res susceptibles de s intéresser à la vente de nos publi¬ 
cations et de leur réserver une bonne place dans leurs 
étalages et vitrines. 

Merci pour votre aide. 

BUREAU d’EDITIONS. 

4 , rue St.-Germain l’Auxerrois, Paris 1 6r 
Chèque postal 943-47 









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a) Celle -ci m’a intéressé 

b) A propos de laquelle j’aurais à vous faire les 
remarques suivantes 1 : 

Vos publications m’intéressent et je vous prie de 
m’envoyer régulièrement votre catalogue et les pros¬ 
pectus pour toutes nouvelles parutions. 

Je désirerais vous apporter ma collaboration, attirer l’attention de mes 
amis et connaissances sur vos livres et brochures. 

Vous pouvez envoyer vos catalogues aux adresses 
indiquées au verso : 

a) Sans me nommer 1 ; 

b) Comme venant de ma part x . 

Je sais que l’augmentation de I*a diffusion permet, d’une part, des 
tirages importants et à bas prix, et d’autre part, elle permet également 
d’entreprendre la publication d’œuvres de plus en plus intéressantes et 
mieux présentées. 

A. — Envoyez-moi régulièrement 1 exemplaire de 
chacune de vos nouvelles publications. A cet effet, je 

vous envoie une provision de.francs que vous 

porterez à mon compte *. 

B. — Pour faire connaître et diffuser vos publica¬ 
tions, envoyez-moi à chaque parution nouvelle. 

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mes amis, mes connaissances et mes compagnons de tra¬ 
vail. Je vous renverrai chaque fois le montant des bro¬ 
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sera demain un combattant à vos côtés. 

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ABC DU MARXISME 


L’éducation ouvrière fait de rapides progrès. Mais il 
manquait en France une collection spécialement destinée 
à l’étude des grands problèmes de la théorie marxiste. 

Cette lacune est actuellement comblée. La collection 
YA.B.C. du Marxisme donnera en brochures d’un prix 
modique l’étude élémentaire de l’ensemble du marxisme. 
Les brochures vont paraître au rythme d’une par mois. 
Toutes les écoles et cercles d’études ouvriers doivent 
se servir de ces excellentes brochures qui mettent à la 
portée de la masse les enseignements fondamentaux de 
la science prolétarienne. 

Déjà parus : 

A. Bonnet et S. Ingoulov. — L'agonie du Ca¬ 
pitalisme . i 50 

Comment est organisée la société capitaliste. 

Ce qui se passe aujourd’hui dans le monde 
capitaliste. Ce qui se passe au pays des So¬ 
viets. L’impérialisme mondial et l’U.R.S.S. 

S. Martel. — Le Communisme, société future 1 » 

Qu’est-ce que le communisme et le socia¬ 
lisme ? Comment s’effectue le passage du ca¬ 
pitalisme au communisme. 

S. Ingoulov et L. F. Boross. — L'édification 

du Socialisme . I 50 

L’industrialisation de l’U.R.S.S. L’édifica¬ 
tion du socialisme à la campagne. Aspects de 
la vie nouvelle. 

S. Martel. — Les chefs du prolétariat mondial 1 50 
Le Socialisme scientifique. La vie de K. 

Marx et celle de F. Engels. Lénine, sa vie, 
son œuvre. Staline. 

En préparation : Le Parti du prolétariat; Les étapes du 
Bolchêvisme; Le Socialisme et les paysans; Le 
Prolétariat et les peuples opprimés. 

BUREAU D'EDITIONS 

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Prix : i fr.